LES AVEUX D’IMPUISSANCE DU G20 DE CHENGDU, par François Leclerc

Billet invité.

Des mots ! encore des mots ! Reprenant au bond la balle lancée par le FMI, les ministres des finances du G20 réunis ce week-end à Chengdu ont fait preuve d’une folle audace : la croissance qui brille par son absence devrait désormais être « partagée »… Jacob Lew, le secrétaire d’État au Trésor américain, a été explicite : « les bénéfices de la croissance ne doivent pas uniquement contribuer à la ligne du bas des bilans des hommes d’affaires et des investisseurs, mais également aux familles de travailleurs et à la classe moyenne ». On attend désormais les dispositions y conduisant.

En prologue de la réunion, le FMI avait une nouvelle fois baissé ses prévisions de croissance mondiale pour 2016 et 2017, annonçant déjà qu’il pourrait bien ne pas en rester là. Ce qui a conduit le ministre des finances chinois Lou Jiwei à faire valoir que la Chine ne pouvait pas « assumer à elle seule les principales responsabilités de l’économie mondiale », en l’occurrence tirer sa croissance. Cela allait de soi depuis déjà quelque temps, mais cela va mieux en le reconnaissant. Dans ces conditions, que faire ? En mal de solution, Jacob Lew a préconisé « d’utiliser tous les outils à notre disposition pour muscler notre croissance commune », ce qui sonne comme un aveu d’impuissance.

Le FMI avait auparavant fait remarquer que les politiques monétaires ultra-accommodantes avaient trouvé leurs limites et que « les marges de manœuvre budgétaires devaient être utilisées quand elles existent », une allusion à l’Allemagne et à sa politique fiscale inflexible. En déclarant que toutes les mesures étaient bonnes à prendre, Jacob Lew n’a pas voulu rouvrir en pure perte ce débat. La nouveauté est intervenue ailleurs : pour le FMI les marges de manœuvre budgétaires devraient être utilisées pour notamment « compenser les coûts des réformes structurelles », on croit comprendre leur coût social, en raison de la montée du populisme.

Les poncifs n’ont pas manqué au sujet d’une politique d’investissement au contenu toujours aussi désespérément flou, du type référence au rôle de la science et des technologies. D’autres objectifs pourraient s’imposer mais leur évocation est trop épineuse au sein d’un G20 qui décidément ne sert plus à rien. Comme financer la transition énergétique ou la gestion des ressources de la planète, ou bien créer un fonds afin de réduire la pauvreté et les inégalités.

Un autre pas n’est pas davantage franchi. Certes, le G20 déplore les pratiques d’optimisation fiscale agressives des grandes entreprises, car elles amoindrissent les marges de manœuvre des États. À ce propos, un symposium était organisé samedi dernier, en marge de sa réunion. Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE, y a reconnu que la fiscalité « demeure un sujet relevant éminemment de la souveraineté  des États », relativisant la portée des déclarations générales en faveur de la transparence fiscale des grandes entreprises. Jacob Lew a préféré s’interroger sur un critère commun à propos des transferts de valeur, une piste de réflexion qui occupera bien les experts pour les dix années à venir.

Les systèmes fiscaux nationaux ne sont plus adaptés à une économie mondialisée. Au lieu de le reconnaître pour y faire face, des « lacunes » dans les régimes fiscaux sont timidement reconnues et la mauvaise coordination internationale est mise en cause. Le ministre chinois Lou Jiwei a donné comme objectif très restrictif « d’approfondir la coordination fiscale internationale en se reposant sur les mécanismes existants », comme si l’échange d’informations entre États (sous le manteau) était par défaut la panacée.

Le G20 finances n’a de toute évidence pas les coudées franches et ne bénéficie pas d’une impulsion équivalente à celle qui avait été donnée en faveur de la régulation financière (quoi que l’on pense de ses résultats). Prenant un tout autre chemin, on a au contraire vu poindre la tentation britannique de baisser la fiscalité des entreprises afin de compenser les effets du Brexit.

La grande mesure qui permettrait de redonner des marges de manœuvre fiscale aux gouvernements est taboue. Dans un monde où l’endettement public et privé ne cesse de croître, où la seule solution trouvée consiste à faire appel aux banques centrales dans le cadre d’une fuite en avant, elle ne pourra pas être éternellement éludée. Dans le cas de la Grèce, sur lequel le FMI a symboliquement pris position, une formule évitant toute perte en capital est envisagée pour ne pas briser le tabou. Mais repousser le problème ne le règle pas, tôt ou tard un trait devra être tiré et une réduction de la dette mondiale opérée. Le plus tôt sera le mieux, mais cela ne s’annonce pas pour demain.

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