DONNER DU TEMPS AU TEMPS, par François Leclerc

Billet invité.

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne va prendre son temps afin de négocier un accord commercial de libre échange à la configuration indécise. C’est tout du moins ainsi que se présente actuellement la suite des événements.

Animés par des motivations disparates, les électeurs du camp victorieux sont divisés dans leurs approches, et le parti conservateur va devoir adopter une stratégie de négociation tandis que l’establishment travailliste croise le fer avec Jeremy Corbin qui ne s’en laisse pas conter.

Si le Royaume-Uni entre à son tour et à sa manière dans la crise politique qui traverse l’Europe, les dirigeants européens viennent avec le vote britannique de connaître un double échec. Il résulte de leur politique d’austérité et de désendettement, ainsi que de leurs improvisations face à la vague des réfugiés. Les deux ont suscité un rejet et favorisé le repli.

Du temps, nous en avons de toute façon devant nous. Les hautes autorités divisées sur la direction à prendre dans la conduite de l’Europe, il ne peut être attendu qu’elles tranchent clairement, avec comme effet la poursuite du délitement progressif de la construction européenne. Nos édiles incriminent le populisme montant afin de masquer qu’ils récoltent ce qu’ils ont semé, mais la situation leur file néanmoins du bout des doigts.

En ayant donné l’habitude, le FMI vient une nouvelle fois de diminuer ses prévisions de croissance pour l’Europe et les titres souverains sont plus que jamais recherchés, bien que le refuge qu’ils représentent soit relatif. Mais les États restent en fin de compte le meilleur appui, car ils peuvent s’appuyer sur les banques centrales en dernier ressort.

Si l’on descend du grenier à la cave, de la crise politique à la financière en passant par les paliers économiques et sociaux, à tous les niveaux nous nous sommes installés dans une situation d’attente et de lente dégradation de la situation. Il est désormais admis que les taux négatifs ne sont pas prêts de disparaitre, et que le système financier subit un cocktail de crises endémiques et récurrentes de volatilité, de liquidité et de solvabilité tout à la fois. Mezzo voce, il est reconnu que l’endettement et le développement des inégalités se poursuivent (1). Il faudra bien finir par admettre qu’avec un chômage manifestement structurel, les solutions sont à chercher ailleurs que dans la diminution du coût du travail et dans l’accroissement de sa flexibilité.

Sous un dernier angle encore, le temps ne s’annonce pas compté. Nul ne peut prédire combien de temps le capitalisme assisté par les banques centrales va pouvoir conserver son équilibre précaire. Et jusqu’à quand il va falloir attendre l’émergence naissante d’une société alternative, afin d’accélérer le mouvement. Le mythe de l’avant-garde déclenchant le Grand Soir a vécu. Pour que la société de demain soit cette fois-ci celle de tous, elle doit dès le départ s’appuyer sur un large consensus que préfigurent de temps à autres des sursauts massifs de protestation. C’est là toute la difficulté.

Pour cela aussi, il faut du temps.

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(1) Une nouvelle étude de la société de gestion française Amundi vient de reconnaître que les politiques accommodantes des banques centrales creusent les inégalités, entre autres effets négatifs.

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