LE PETIT THÉÂTRE DE LA POLITIQUE EUROPÉENNE, par François Leclerc

Billet invité.

Rappel des saisons précédentes : les plus hautes autorités européennes ont failli faire éclater l’Eurozone et réussi à soumettre l’Europe à une forte pression déflationniste, accompagnée d’un chômage massif et d’une croissance anémique. Il a fallu tout le poids de la BCE et de ses interventions massives successives, qui n’ont cessé de prendre de l’ampleur, pour éviter un dérapage incontrôlé.

Ayant fait avec constance et opiniâtreté de l’Europe un repoussoir, les mêmes ont suscité son rejet, l’associant au triptyque de la rigueur budgétaire, de la mise en cause de l’État providence et de l’accroissement de la précarité du travail. Baromètre implacable, les inégalités n’ont entre-temps cessé de croître. Initialement financière, la crise européenne s’est installée, devenue successivement économique, sociale et politique, pour finir globale.

Avec la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le petit théâtre a repris avec la même troupe sur les tréteaux. Dès le premier jour, la zizanie est à nouveau apparue en son sein derrière les mines graves de circonstance, l’hypothèse d’un sursaut provenant du choc aussi vite oubliée qu’elle était formulée. En guise de renforcement de l’Union européenne, des généralités furent énoncées, dissimulant mal que les débats vont prioritairement porter sur le raccommodage des rapports à venir avec le Royaume-Uni, la grande affaire.

Ses accès au marché unique est la question centrale, particulièrement épineuse pour la City. Mais le pays affranchi du respect des règlementations européennes, les banques continentales vont en compensation exiger l’arrêt de toutes nouvelles mesures de régulation financière, sonnant le glas de celle-ci.

Le détricotage européen avait été déjà engagé en deux occasions : la crise des réfugiés qui a mis à bas l’espace Schengen, et la situation désastreuse des banques italiennes, qui augure d’une transgression de la nouvelle réglementation des sauvetages bancaires, dont l’encre est à peine sèche. Au plan politique, rien de tangible ne va pouvoir être opposé à la tentation du repli qui va enfler.

Après avoir annoncé apercevoir les petites pousses de la croissance, les hautes autorités ont affirmé les bienfaits introuvables de leurs plans de sauvetage. Ils n’ont plus à proposer pratiquement que le renforcement de la défense de l’Europe contre ses farouches ennemis extérieurs, les réfugiés, foulant aux pieds un droit d’asile mis en place aux lendemains de la seconde guerre mondiale. Quelle régression !

Rideau.

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