Brexit : UNE BALLE, COMBIEN DE VICTIMES ? par François Leclerc

Billet invité.

À peine Angela Merkel et François Hollande avaient-ils affiché leur accord sur la manière de négocier la sortie du Royaume-Uni que des désaccords sont apparus. La chancelière a déclaré « comprendre » que du temps est nécessaire, contredisant le président français qui ne voulait pas en accorder. Les ministres allemand et français des affaires étrangères présentaient un plan de « renforcement politique » aux pays d’Europe de l’Est membres du groupe de Visegrad, et Angela Merkel faisait savoir qu’elle n’était pas engagée par ce document qui était sur la table sans l’être. On comprend que John Kerry, le secrétaire d’État américain, appelle les Européens « à ne pas perdre la tête »…

L’Union européenne est partie pour être la seconde victime du Brexit après le Royaume-Uni, et peut-être même le précéder si les négociations permettent à ce dernier de rester « dans l’Europe », comme a déclaré Boris Johnson, à défaut d’être toujours « dans l’Union européenne ». Le débat n’est pas nouveau, mais il est ravivé : est-ce que l’Union a vocation à être plus qu’un marché unique, une situation dont bon nombre de ses membres s’accommoderaient ? Ce choix effectué, le statut des uns et des autres se rapprocherait et le maintien de la zone euro se justifierait de moins en moins…

Un autre référendum pourrait relancer la crise de l’Eurozone, qui se prépare en Italie pour l’automne sur des questions constitutionnelles. L’Italie est en tout cas une autre victime toute trouvée : il n’est pas certain que la zone euro suive dans la récession le Royaume-Uni qui pourrait y plonger, mais l’Italie pourrait facilement y retomber. Après tout, elle n’a pas connu de croissance significative depuis qu’elle a rejoint l’euro en 1999. Et le sauvetage de son système bancaire ne s’accommode pas de la nouvelle réglementation européenne, laissant comme seule solution un appel au Mécanisme européen de stabilité (MES) que Matteo Renzi ne veut pas lancer.

Enfin, la réglementation financière ainsi que la lutte contre l’optimisation et pour l’harmonisation fiscale vont connaître un sérieux recul, le Royaume-Uni libéré des entraves européennes allant renforcer sa place de premier paradis fiscal de la planète. Le futur gouvernement britannique ne pouvant pas davantage déréguler l’économie et le marché du travail britannique, il ne lui restera plus comme levier que la déréglementation financière et la fiscalité pour compenser les effets du Brexit. La course au moins-disant fiscal et réglementaire sera relancée, les banques de l’Union européenne ayant beau jeu de crier à l’avantage concurrentiel pour obtenir des assouplissements de remise à niveau.

Dans un tel contexte, la BCE va être de plus en plus tiraillée, soumise aux intérêts divergents de ses actionnaires. Avec une Commission condamnée à faire de la figuration, elle sera la seule institution fédérale au sein de l’union monétaire et ne pourra pas contenter tout le monde.

Les réactions financières violentes qui étaient craintes ont été amorties. Les interrogations vont dans un premier temps être mises en sourdine, elles renaitront avec force quand il s’avérera que l’Europe est entrée dans la seconde phase d’une crise devenue endémique et plus que jamais sans solution.

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