LE BAL DES HYPOCRITES, par François Leclerc

Billet invité. Avez-vous remarqué que le Blog de PJ est l’un des très rares endroits où l’on parle des réfugiés [*] ?

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne focalise toutes les attentions, faisant négliger une crise des réfugiés dont les conséquences sont pourtant irrémédiables. En tournant le dos aux valeurs dans lesquelles ils se drapaient auparavant, les dirigeants européens continuent de saper les fondements d’une Europe construite sur les décombres d’une guerre ayant été à l’origine de ce droit d’asile qu’ils mettent aujourd’hui hypocritement en question.

En visite à Lesbos, la déclaration du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, samedi dernier, a été suivie sans surprise d’un silence assourdissant. « La détention n’est pas la solution, elle devrait cesser immédiatement » a-t-il déclaré, avant d’appeler l’Europe à « répondre de manière humaine, et inspirée par les droits de l’Homme » à la crise qu’il a toutefois qualifié de « migratoire » en éludant la question-clé du droit d’asile.

Médecins sans Frontières avait jeté la veille un gros pavé dans la mare en annonçant renoncer à tout financement de l’UE et de ses États membres en raison de la politique européenne « honteuse » qui « se focalise plus sur la dissuasion que sur l’aide et sur la protection à apporter aux personnes qui en ont besoin ». Non seulement les ONG ont joué un rôle essentiel dans le premier accueil et l’accompagnement des réfugiés là où les pouvoirs publics ont largement failli, mais l’une des plus actives et connues d’entre elles refuse avec fracas de cautionner une politique qu’elle réprouve en espérant faire exemple.

Dans une interview à Mediapart, le directeur de MSF-Suisse Bruno Bochum dénonce « le non respect de plus en plus marqué des obligations contenues dans les conventions sur les réfugiés » et constate que « l’Europe participe ainsi au démantèlement du concept même de réfugié ». Après l’accord avec la Turquie, les autorités européennes voudraient en conclure d’autres avec des pays comme l’Afghanistan, l’Érythrée, la Somalie et le Soudan, d’où proviennent les grandes masses de réfugiés, dans le but de généraliser une politique « d’externalisation du contrôle de l’émigration ».

L’objectif poursuivi est « de rendre le problème invisible » afin de ne pas avoir à assumer publiquement leur politique, remarque MSF. Mais l’atteindre est une toute autre affaire. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) « huit civils, dont six d’une même famille, ont été tués et huit autres ont été blessés lorsque des gardes-frontières turcs ont ouvert le feu sur eux alors qu’ils tentaient de pénétrer dans le territoire turc ». Ils fuyaient les combats qui font rage dans la province syrienne d’Idleb (nord-ouest). Parmi les victimes figurent quatre enfants.

Les autorités françaises ont refoulé au nom de « l’ordre public » un convoi de 250 voitures de Britanniques qui entendaient manifester leur solidarité avec les réfugiés de Calais et leur distribuer de l’aide. Le camion de 38 tonnes qui les accompagnait est passé mais les voitures ont été bloquées, au prétexte donné par la préfète de la mobilisation des forces policières en raison des risques terroristes occasionnés par l’Euro-2016, qui les rend indisponibles.

Le gouvernement autrichien, sous la pression de l’extrême droite montante, a été moins hypocrite. Il s’apprête à aider la Hongrie à « sécuriser » sa frontière avec la Serbie avec des forces militaires. Partout ailleurs, la théorie de l’appel d’air qu’il ne faut pas créer l’a emporté, justifiant de n’apporter qu’une aide a minima aux réfugiés afin de les décourager de venir au lieu de leur accorder l’asile. Filippo Grandi, qui dirige le HCR, considère aussi que « la responsabilité des hommes politiques devrait être d’expliquer que l’immigration, par certains aspects, contribue en fait au développement des sociétés et que les réfugiés ont besoin de protection, car ils ne constituent pas un danger mais fuient des endroits dangereux », ajoutant que « ceux qui font le contraire et montent l’opinion publique contre les réfugiés et les migrants créent un climat de xénophobie qui est très inquiétant dans l’Europe d’aujourd’hui ».

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[*] La conscience

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