L’APRÈS BREXIT, par François Leclerc

Billet invité.

Quelles vont être les conséquences du Brexit, s’il intervient comme annoncé ? La poursuite de la désintégration de l’Europe ou l’intégration renforcée d’un noyau de celle-ci ? Une seule certitude : la réponse tiendra des deux et sera péniblement apportée.

Les forces favorables à un repli national sont puissantes et les dirigeants européens, discrédités, n’ont pas la force d’y opposer un projet de renforcement de l’Europe, à l’orée des prochaines consultations électorales allemande, française et italienne. L’Europe symbolise désormais une politique d’austérité qui est rejetée, à laquelle les électeurs tentent d’échapper en empruntant les chemins à leur portée dans chaque pays. La crise politique qui en résulte est devenue une donnée majeure dont les partis de gouvernement font les frais. La social-démocratie s’est perdue et ne se retrouvera plus. Et les élites n’y trouvent pour répliquer en se pinçant le nez, que la dénonciation du populisme.

Les dirigeants européens sont démunis, nous en avons pris l’habitude. Mais que vont-ils cette fois encore nous sortir du chapeau ? Au Royaume-Uni comme sur le continent, ils n’auront développé durant cette campagne que des arguments négatifs – soupesant les conséquences d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne – pour se cantonner dans une posture défensive. A aucun moment, ils n’auront été capables de présenter une vision positive de la poursuite de l’intégration européenne, afin de donner une bonne raison d’y rester, car ce n’est ni dans leurs moyens ni dans leurs plans. Ils ont au contraire laissé faire des étrangers, des boucs émissaires, ce terrible accompagnement des crises sociales. Parallèlement, ils ont associé dans les esprits l’Europe à une politique d’austérité et de régression sociale, faisant de celle-ci plus un problème qu’une solution.

Leurs désaccords font obstacle à un projet de gouvernance économique et fiscale commune qui leur permettrait de rebondir. Tout au plus vont-ils pouvoir improviser une coopération militaire renforcée et se prévaloir de la perspective, quoique incertaine, du rétablissement de l’espace Schengen au prix de la fermeture de ses frontières externes aux demandeurs d’asile. La défense et la sécurité s’annoncent comme les deux axes de leur politique européenne, le programme de notre époque !

Le FMI aurait bien un autre programme, qui s’inscrit toujours dans le même cadre, mais il n’est pas jouable. Saisissant l’occasion du referendum britannique, il rend public les « conclusions préliminaires » d’un examen de la situation dans les pays de la zone euro. Avec comme intention déclarée de briser le cercle vicieux qui s’y est instauré : une politique commune serait nécessaire pour améliorer les perspectives de croissance et lutter contre l’euroscepticisme, mais les faibles performances économiques alimentent ce dernier et entravent l’action collective.

Le Fonds préconise la poursuite de la politique dite de réformes structurelles, censée améliorer la compétitivité et relancer l’économie, ainsi que de poursuivre la politique de désendettement. En contrepartie, il suggère la mise en place d’un programme d’investissement européen dont l’accès serait conditionné à son accomplissement. Il y adjoint la finalisation de l’Union bancaire et un nouveau plan de sauvetage des banques, qui ploient sous le poids des prêts non performants incluant la création de bad banks financées sur fonds publics. Enfin, visant l’Allemagne, il propose que celle-ci renforce sa demande intérieure.

Ce sont des plans sur la comète. La seule Europe dorénavant possible se construit avec et non pas contre l’immense majorité de ceux qui y vivent. Le premier pas doit être un ensemble de mesures sociales.

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