AU FMI, UN VER DANS LE FRUIT, par François Leclerc

Billet invité.

Une cinquième colonne dormante aurait-elle été réveillée au sein du FMI ? Trois de ses économistes, dont le directeur adjoint de son service d’études, viennent de poser une mine à mèche lente sur le site officiel du Fonds.

On avait déjà noté la fuite d’un document détonnant à propos de la Grèce, non validé par le Conseil d’administration, la veille du jour de la réunion de l’Eurogroupe de la semaine dernière consacré à son cas. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour lire des propos hérétiques mettant en cause l’application de principes de l’économie de marché considérés intangibles, confirmant les débats qui traversent le Fonds.

Titré de manière provocatrice et employant une terminologie étrangère à celle du FMI – «  le Néolibéralisme est-il survendu ? » – un article met en cause les bienfaits systématiques de la libre circulation des capitaux, prend ses distances avec la politique d’austérité et préconise des mesures de correction des inégalités. Tout en n’hésitant pas à user d’un vocabulaire qui n’a pas cours dans ce monde policé, substituant à l’occasion austérité à consolidation fiscale. Il s’entoure des précautions d’usage en citant Christine Lagarde ou Olivier Blanchard (son ex économiste en chef), mais met en cause le gourou Milton Friedman en revenant sur le cas pionnier du Chili.

En voici un extrait : « En résumé, les avantages de certaines des politiques importantes du programme néolibéral semblent avoir été quelque peu exagérées. Si dans le cas de la baisse des obstacles à la circulation financière, certains flux de capitaux tel que l’investissement étranger direct semblent avoir l’intérêt qui leur est prêté, pour d’autres, en particulier les flux de capitaux à court terme, les avantages pour la croissance sont difficiles à percevoir, considérant les risques de plus grande volatilité et de crise. Dans le cas de la consolidation budgétaire, les coûts à court terme en termes de baisse de la production, de bien-être et de chômage plus élevé ont été minimisés, et l’opportunité pour les pays avec plus de profondeur fiscale de vivre avec une dette élevée et de laisser les ratios d’endettement se réduire à la faveur de la croissance, ont été sous-estimés. »

Au chapitre des inégalités, l’article est moins allusif. « L’inégalité croissante des revenus est associée à l’ouverture financière et à l’austérité, leurs effets distributifs créent une boucle de rétroaction dommageable : l’augmentation de l’inégalité ainsi engendrée est susceptible de saper la croissance que le programme néolibéral cherche à stimuler. Il y a maintenant des preuves solides que l’inégalité peut significativement réduire à la fois le niveau et la durabilité de la croissance (…) La preuve des dommages économiques causés par l’inégalité suggère que les décideurs politiques devraient être plus ouverts à la redistribution qu’ils ne le sont. »

Ces audaces peuvent apparaître bien timides ainsi que tardives. Elles témoignent cependant de l’ouverture de débats qui ont trouvé leur expression dans les atermoiements du FMI vis à vis des créanciers européens de la Grèce, et elles expriment tout haut ce que beaucoup pensent tout bas sans oser le dire…

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