UNE JOURNÉE BIEN EUROPÉENNE, par François Leclerc

Billet invité.

Le FMI a mis les pouces lors de la réunion marathon de l’Eurogroupe qui s’est terminée dans la nuit. L’accord qui est intervenu s’inscrit dans le cadre tracé par Wolfgang Schäuble, relativisant l’idée qu’il représenterait un compromis. Restant conditionnée, la perspective d’une réduction de la dette grecque continue d’être entourée d’un nuage de fumée.

Christine Lagarde s’était opportunément trouvée une mission au Kazakhstan pour ne pas être présente et impliquée directement dans le recul de son représentant, Poul Thomsen, qui a eu pour mission de ne pas faire de vagues, le FMI étant décidé à sortir en douceur du dispositif en 2018. Le débat cessera alors faute de participants !

Le dispositif adopté pour la dette est flou, très en retrait des préconisations du FMI, et rien n’interviendra de précis avant les élections allemandes de l’automne 2017 en tout état de cause. À ce stade, la restructuration de la dette reste de l’ordre de la fiction. La Grèce reste sous l’étroite surveillance du plus intransigeant de ses créanciers, qui continue de mener la danse. Et le communiqué de l’Eurogroupe contredit les projections financières du FMI sous prétexte que seules des hypothèses peuvent être formulées, et non pas des prévisions, en raison du grand degré d’incertitude qui prévaut. Cela s’appelle noyer le poisson, ne laissant au gouvernement grec pas d’autre ressource que de faire bonne figure.

Mais ce n’est plus en Grèce que se joue dans l’immédiat la partie principale. À propos de l’accord qu’il résume à la suppression des visas pour les Turcs contre l’endiguement des réfugiés, le président Recep Tayyip Erdogan a donné le ton. Il a lancé « s’il y a un résultat, ce sera parfait, s’il n’y en a pas, nous en serons désolés ». Aucune date butoir n’ayant été donnée, Angela Merkel va dans cette attente devoir vivre avec le risque d’un nouvel afflux de réfugiés en Grèce, si le gouvernement turc assouplissait le contrôle de sa frontière maritime pour mieux se faire comprendre. À moins qu’elle ne saisisse la perche qui lui est tendue en acceptant la proposition de construire une ville entière du côté syrien de la frontière turque, afin d’y regrouper les réfugiés.

La Commission, passée maître dans l’art des faux-semblants boiteux, trouvera-t-elle une échappatoire peu reluisante ?

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