LES PIÈGES DANS LESQUELS ILS SE SONT FOURRÉS, par François Leclerc

Billet invité.

Que vont-ils encore nous inventer ? Pour contenir les réfugiés aux portes de l’Europe, les autorités européennes ont pactisé avec un autocrate et ne savent pas comment sortir du piège dans lequel elles se sont fourrées. Ce sont elles qui ont le plus à perdre et elles n’ont pas de plan B. Simultanément, les créanciers européens de la Grèce – sur qui la charge des réfugiés risque de retomber si le gouvernement turc en décide ainsi – continuent d’exiger de son gouvernement des performances économiques hors de portée, tandis que le FMI appuie où cela fait mal en mettant en évidence que la dette grecque est hors de contrôle sur sa trajectoire actuelle.

Le gouvernement grec ayant franchi ses lignes rouges pour satisfaire leurs dernières exigences, les dirigeants européens n’osent toujours pas s’opposer à leurs partenaires allemands, dont la ligne l’emporte. Lorsque vient le moment de remplir leurs engagements à propos de la dette, ils se dérobent et tournent autour du pot. Sous pression américaine, le FMI considère qu’il faut mettre fin à cette comédie, car la dette grecque représentera 300% du PIB du pays en 2060 d’après leurs calculs, si rien n’est fait. Il appelle à des mesures radicales en détaillant sa proposition dans un document interne très charpenté, publié la veille de la réunion de l’Eurogroupe sans avoir été adopté par son conseil d’administration. Un coup de semonce.

Ce plan du FMI n’est pas acceptable tel quel, car il suppose que les gouvernements européens prennent l’engagement de compenser d’éventuelles pertes du Mécanisme européen de stabilité (MES). Car celui-ci refinancerait à taux fixe et aux très bas taux actuels du marché certains des prêts consentis. Le projet supprimerait également toute conditionnalité à l’allégement de la dette – à laquelle le gouvernement allemand est très attaché, car cela lui permet de bloquer toute restructuration – une fois le plan de sauvetage en cours terminé, en 2018. Seule concession du FMI, « la mise en œuvre de l’allégement de la dette doit  être achevée d’ici la fin de la période du programme », ce qui permet de passer l’échéance des élections allemandes de l’automne 2017.

Les échecs s’additionnent et la défiance à l’égard de la classe politique s’étend en Europe. Après les élections irlandaises et chypriotes, un même scénario vient de se répéter à l’occasion des présidentielles autrichiennes : à chaque élection, les partis de gouvernement sont les principaux perdants. Les prochaines étapes de la crise politique sont connues : les sondages laissent prévoir qu’à nouveau une majorité ne sortira pas des urnes espagnoles en juin prochain et, en Italie, que Matteo Renzi n’est pas assuré de gagner son referendum de révision institutionnelle de l’automne. Il faudra ensuite attendre les gros morceaux des élections française et allemande.

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