IL EST DES NUITS MAGIQUES, par François Leclerc

Billet invité.

Il y a des moments comme cela. Quand tout le monde peut prendre la parole, que tout le monde écoute… et que cela ne s’arrête pas ! Comme s’il y avait besoin d’être ensemble et de ne pas se séparer, comme si toutes les paroles étaient importantes lorsque l’occasion est donnée d’exprimer son ras le bol et de manifester sa révolte, qui cesse alors d’être intérieure. Chacun la sienne et tous ensemble.

Ce n’est pas la peine d’épiloguer davantage, mieux vaut y aller pour se faire soi-même son idée, si ce n’est déjà fait. Place de la République à Paris, ou partout ailleurs où une même prise de parole collective a commencé. Afin d’expérimenter une autre manière de faire de la politique, avec pour horizon d’échafauder une autre société.

Voilà qui peut rappeler non sans émotion de lointains souvenirs. Sur les bancs du grand amphi de la Sorbonne ou dans les fauteuils rouges du théâtre de l’Odéon, quand les deux ont été occupés en 68. Et encore d’autres moments fiévreux et enthousiastes auxquels j’ai ensuite participé. Sur la place Venceslas pendant le Printemps de Prague cette même année. Ou dans les rues de Valparaiso sous l’Unité populaire d’Allende en 1973, sur la place du Rossio à Lisbonne ou celle d’Omónia à Athènes, lorsque les dictatures de Marcelo Caetano et des colonels tombèrent l’une après l’autre en 1974, ou encore sur les Ramblas de Barcelone, à la mort de Franco en 1975… Puis il a fallu attendre 1989 pour que le Mur tombe à Berlin.

Quel lien unit encore aujourd’hui tous ces grands moments empreints de magie ? Celui d’avoir permis d’exulter, d’exprimer ses rêves et parfois de les accomplir, lorsque les bouches se délient et que nait la force d’être ensemble.

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