COMMENT RÉSORBER LA CACOPHONIE EUROPÉENNE ? par François Leclerc

Billet invité.

Les dirigeants allemands vont-ils avoir toujours raison ? L’occasion va prochainement être donnée de le tester, les sujets de discorde avec la Commission et le gouvernement italien se multipliant. Que ce soit à propos du financement de l’accueil des réfugiés, de la présence des titres de la dette publique dans les bilans bancaires, ou des négociations avec la Grèce, d’autres musiques que la leur se font entendre.

Matteo Renzi a menacé d’opposer son veto à toute mesure qui limiterait la détention de la dette publique par les banques, en référence à la discussion qui va s’engager lors de la réunion informelle de l’Ecofin de cette fin de semaine. Selon une étude de la Banque d’Italie, les banques du pays détiendraient 270 milliards d’euros d’obligations souveraines italiennes, le double de la moyenne européenne. Pondérer leur valeur en fonction de leur risque présumé, comme il est envisagé, détériorerait significativement le ratio des fonds propres des banques, en particulier de celles sur lequel il est compté pour soutenir les plus faibles. Le gouvernement italien fait valoir que, contrairement à ce qui est avancé, l’abondance de ces titres au bilan des banques n’est pas un facteur de fragilité mais de stabilisation. Ce qui n’est pas faux tant que le système bancaire tient le coup, mais n’est pas garanti avec les dernières mesures adoptées. Il y a disproportion entre les moyens financiers mobilisés et le volume atteint par les prêts non performants, et cela représente une menace pour les grandes banques italiennes qui sont appelées à soutenir leurs consœurs fragilisées (et par ricochet leurs homologues étrangères qui y sont exposées).

Le Conseil européen du 28 juin prochain a inscrit à son ordre du jour la crise des réfugiés, bien qu’il ne puisse être garanti qu’il sera respecté, sa réunion intervenant cinq jours après le référendum portant sur le maintien ou la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Selon le Corriere della Sera, la Commission soutient dans un document préparatoire le projet de création d’euro-obligations, qui par définition n’entreraient pas dans le calcul de la dette nationale. Le coût pluriannuel de l’accueil des réfugiés est élevé, mesuré en dizaines de milliards d’euros, et pour la Commission les propositions allemandes n’y répondent pas. Il serait question pour ces dernières d’une taxe sur le carburant, ou bien de s’appuyer sur le budget communautaire. Exclure ces dépenses du calcul du déficit ne réglerait pas non plus le problème. Sur ce dossier, ce sont les Allemands qui vont opposer leur veto…

Les négociations avec la Grèce continuent de s’éterniser, et Jean-Claude Juncker a apporté un soutien inattendu au refus d’Alexis Tsipras d’accepter les dernières propositions qui lui ont été faites. Celles-ci lui imposeraient de s’engager à de nouvelles restrictions budgétaires franchissant sa dernière ligne rouge, au cas où l’excédent budgétaire de 3,5% ne serait pas atteint en 2008. Dans une interview au service d’information grec Euro2day, Jean-Claude Juncker a déclaré qu’il ne voyait pas la nécessité d’un tel engagement, même s’il l’approuverait au cas où il permettrait de conclure un accord.

Le panorama ne serait pas complet s’il n’était fait état de l’accord qui serait intervenu entre le ministre de l’économie espagnol Luis de Guindos, chargé des affaires courantes dans le contexte actuel du pays, et le commissaire Pierre Moscovici. Selon El Pais, une année voire deux années supplémentaires, auraient été accordées à l’Espagne pour qu’elle puisse atteindre l’objectif d’un déficit égal ou inférieur à 3% du PIB. La commission a démenti, mais le quotidien Frankfurter Allgemeine a cru pouvoir noter que c’était de mauvais cœur !

Afin de tout remettre d’équerre, une seule solution semble s’imposer : un président allemand devra dès que possible présider la Commission, tout comme la BCE ! C’est comme l’indépendance de celle-ci : elle est une valeur intangible tant que la politique qu’elle suit est richtig (correcte). Sigmar Gabriel, le ministre de l’économie du SPD, a vu sous un autre angle la situation en déclarant lors d’une conférence de presse que « L’Europe souffre en ce moment plutôt du fait que les autres pays en ont ras-le-bol que l’Allemagne pense toujours tout mieux savoir » et qu’elle « parade en donneuse de leçons », plaidant timidement pour une politique européenne d’investissement.

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