DÉFICIT BUDGÉTAIRE, NOUVELLE SAISON, par François Leclerc

Billet invité.

Un instant oubliée, la bonne vieille crise se rappelle aux bons souvenirs des autorités européennes. Ni l’Espagne ni le Portugal, tous deux sous le coup d’une procédure pour déficit excessif, ne sont dans les clous et la Commission, sur laquelle pèsent des soupçons allemands de faiblesse, va devoir réagir en mai prochain. C’est reparti.

Le déficit public espagnol 2015 est finalement de 5,2%, loin d’atteindre l’objectif de 4,2% de la Commission. Son annonce a suscité des réactions de surprise embarrassées à Bruxelles. Une prise de position n’y est pas attendue avant mai, une fois les chiffres officiels de l’Institut national de statistiques (INE) publiés, ce qui donne un peu de temps pour définir la réponse appropriée à apporter à ce dérapage malvenu. Le Parti Populaire incrimine les régions trop dépensières tandis que les partis d’opposition dénoncent les cadeaux électoraux de Mariano Rajoy. À l’arrivée, le résultat est là.

Dans le contexte politique espagnol, ce nouveau problème a une forte résonance. Il rend obsolète les aspects budgétaires et fiscaux de l’accord signé entre le PSOE et Ciudadanos et éloigne la perspective d’un accord avec Podemos qui n’est toujours pas totalement écarté. L’équation politique devient encore moins résolvable, sans que de nouvelles élections, le 23 juin prochain si les électeurs sont à nouveau convoqués, puissent y faire grand chose.

Au Portugal, les marges de manœuvre du gouvernement socialiste soutenu par l’extrême-gauche et le parti communiste se réduisent. C’est également en mai prochain qu’est attendu l’avis de la Commission sur le budget 2016, qui a déjà émis des réserves sur les prévisions de croissance du gouvernement et pourrait exiger des mesures d’austérité, créant alors de fortes tensions au sein de la coalition. Selon l’Institut portugais des statistiques, le déficit public était de 4,4% du PIB en 2015, après intégration du coût de la recapitalisation de la banque Banif, en forte décrue par rapport aux 7,2% de 2014 où a pesé le coût du sauvetage de Banco Espìrito Santo.

Atteindre l’objectif négocié avec Bruxelles de 2,2% en 2016 ne semble pas à portée, alors que la Banque du Portugal a baissé les prévisions de croissance du pays à 1,5%, à comparer avec le nouvel objectif de 1,8% du gouvernement, qui l’avait précédemment fixé à 2%. Le FMI, qui prévoit une hausse de seulement 1,4%, en raison des vents contraires qui pèsent sur les exportations, préconise de préparer de nouvelles mesures afin « de poursuivre les progrès des années précédentes » du gouvernement de droite. Chacun ayant ses critères, le taux de chômage est reparti à la hausse après avoir régulièrement baissé par petits paliers. Il est de 12,3% en février. Mais chez les jeunes de moins de 25 ans, il est remonté à 30%….

Au chapitre des incidences politiques de la détérioration des perspectives budgétaires et des incertitudes politiques, l’Italie n’est pas en reste. À mi-chemin de la législature, Matteo Renzi fait déjà face à son bilan après avoir multiplié les chantiers, il entame difficilement une réforme du système bancaire, qui est couvé par la BCE. Les élections municipales de juin prochain à Rome, Turin, Milan et Naples vont avoir valeur de test dans un contexte marqué par la progression dans les sondages du Mouvement des 5 étoiles – trop vite oublié en dehors de l’Italie – qui talonne de près le Parti démocrate. Car ni la Ligue du Nord, ni Forza Italia de Silvio Berlusconi ne peuvent prétendre au rôle de challenger.
Les tensions sont permanentes avec Bruxelles, le président du Conseil ayant augmenté le déficit budgétaire pour le passer de 1,8 à 2,4% du PIB afin de se donner des marges de manœuvre. Comme pour l’Espagne et le Portugal, la Commission rendra son avis en mai prochain. Quel rendez-vous !

Cette échéance est préparée de toutes parts, notamment par les ministres des finances de huit pays (*), ceux de l’Espagne et l’Italie en tête. Dans une lettre datée du 22 mars à la Commission et à l’Ecofin (l’instance regroupant leurs homologues de l’Union européenne), ceux-ci réclament une révision de la méthodologie utilisée par la Commission pour le calcul de la croissance. Plutôt que s’opposer frontalement à la politique fiscale européenne, un biais est recherché afin de desserrer l’étau… Ce n’est qu’un début….

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(*) Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Portugal, Slovaquie et Slovénie).

 

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