Réfugiés : REQUIEM POUR L’EUROPE, par François Leclerc

Billet invité.

Quels mots trouver encore pour qualifier l’incommensurable désastre européen que représente l’absence de réponse humanitaire à l’exode des réfugiés de la guerre ? Ils manquent terriblement si l’on ne veut pas franchir les limites de la décence, comme les autorités européennes persistent à le faire. À ce rythme, ce n’est plus seulement Schengen qui va mourir, et le choix des mots va se restreindre entre désinvolture et incapacité, les deux n’étant pas incompatibles.

Le gouvernement autrichien a pris l’initiative et le commandement des opérations européennes, et les autorités toutes confondues sont incapables de lui disputer, ou bien ne le cherchent même pas car cela les arrange. La Route des Balkans se ferme progressivement, faisant de la Grèce qui cherche à l’éviter désespérément un nouveau Liban en puissance, ce pays de quatre millions d’habitants qui accueille en million de réfugiés. Plus de 100.000 réfugiés ont abordé la Grèce ces deux derniers mois et 16.000 d’entre eux y seraient déjà bloqués faute de pouvoir franchir la frontière avec la Macédoine.

Obstinément, les réfugiés tentent depuis le Pirée de rejoindre celle-ci, distante de 600 kilomètres, et des centaines d’entre eux ont entamé une marche forcée, les bus ayant été bloqués par des autorités grecques dont les capacités d’accueil construites à la hâte autour d’Athènes s’amenuisent très rapidement. La situation est suffisamment explosive pour que le gouvernent grec refuse de recevoir la ministre autrichienne de l’intérieur après avoir rappelé en consultation son ambassadeur à Vienne.

Une grande confusion règne à toutes les étapes de la Route des Balkans, les critères permettant de passer chaque frontière dont les réfugiés sont tributaires étant à géométrie variable. Ce qui les conduit à chercher de nouvelles voies de passage et les renvoient dans les bras des passeurs qui officiellement sont combattus. Via la Hongrie, l’Albanie et le Monténégro, ou bien encore la Bulgarie, où ils sont partout pourchassés et arrêtés : il n’y a pas de frontière qui tienne devant une telle farouche volonté de trouver un havre et de fonder une nouvelle vie.

Fragile solution de la dernière chance, un nouveau sommet auquel est invitée la Turquie est convoqué pour le 7 mars prochain, car il est toujours espéré du gouvernement turc qu’il réduise l’afflux toujours attendu des réfugiés sur les îles grecques. Mais dans le contexte syrien qui prévaut, est-ce bien vraisemblable de l’escompter ? La force navale de l’OTAN, dont la mission reste floue bien qu’elle prétende s’inscrire dans le respect du droit de la mer, pourrait espère-t-on y contribuer en renvoyant manu militari en Turquie les réfugiés interceptés lors de leur périlleuse traversée de la Mer Égée.

« Dans les dix prochains jours, il nous faut des résultats clairs et tangibles sur le terrain. Autrement il y a un risque que le système s’effondre complètement », a averti le commissaire grec Dimitris Avramopoulos, qui a découvert qu’une « crise humanitaire à grande échelle était très proche ». Les deux peuvent déjà être constatés.

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