LES CRISES DE L’EURO ET DES RÉFUGIÉS SE TÉLESCOPENT, par François Leclerc

Billet invité.

Les sorts de la Grèce et de l’Allemagne sont désormais liés. Les dirigeants des deux pays ont durant le sommet fait front commun contre toute fermeture de la Route des Balkans, car cela ferait immanquablement de la Grèce un immense camp de réfugiés, la déstabilisant et remettant en cause l’accalmie de la crise de l’euro.

Soutenu par Angela Merkel et François Hollande afin que la Grèce ne devienne pas un paria, Alexis Tsipras a conditionné son accord à un compromis avec David Cameron au maintien de l’ouverture de la Route jusqu’au nouveau sommet européen du 6 mars prochain, qui sera exclusivement consacré aux migrants et aux rapports avec la Turquie. Mais qu’adviendra-t-il ensuite, si une relocalisation des réfugiés entre pays volontaires n’intervient pas, comme Angela Merkel a tenté sans succès de l’obtenir en organisant un mini-sommet qui a dû être décommandé ?

Si cela n’est toujours pas intervenu, la Grèce ne pourra pas s’opposer à la fermeture de sa frontière avec la Macédoine et la Bulgarie lors du prochain sommet au prétexte qu’elle ne contrôle toujours pas sa frontière maritime avec la Turquie. Au prix de l’accueil en grand nombre des réfugiés, elle protégera alors l’Allemagne qui pourra maintenir le contrôle de ses frontières pendant deux ans. Voilà qui méritera compensation, une voie sur laquelle Angela Merkel s’est déjà engagée avec François Hollande, afin que la Grèce ne soit pas déstabilisée et que la crise de l’euro ne rebondisse pas. Dans un tel contexte, on voit mal le quartet des créanciers de la Grèce faire à l’occasion de sa revue de détail longtemps obstacle à l’ouverture de négociations sur la restructuration de la dette grecque.

En y mettant les formes, les deux crises de l’euro et des réfugiés sont vouées à se rejoindre. Le gouvernement grec vient d’ailleurs d’annoncer un programme de couverture santé pour les Grecs sans couverture sociale, ainsi que pour les populations vulnérables, les enfants, les handicapés et… les émigrés. Si les Turcs sont financés, les Grecs pourraient aussi l’être.

Dans de telles circonstances, le Portugal, qui est en deuxième ligne, risque-t-il de subir en mai prochain les foudres des autorités européennes à l’occasion du réexamen de son budget 2016 ? L’Espagne, qui est dans la même situation et pourrait se trouver à la veille d’un nouveau tour de ses élections législatives fin juin, si aucun accord gouvernemental n’est entre-temps trouvé, connaitra-t-elle un traitement différencié ? Enfin, l’Italie, dont le sauvetage du secteur bancaire passe avant toute chose, ne bénéficiera-t-elle pas d’une certaine souplesse à son tour ? Dissocier les deux crises va être de plus en plus difficile.

L’ensemble est d’une grande fragilité. « Nous dansons au dessus d’un volcan » a reconnu un haut fonctionnaire durant le dernier sommet.

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