SCÈNE DE CAUCHEMAR EN SYRIE À LA FRONTIÈRE TURQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Combien sont-ils, fuyant les bombardements dans l’urgence, attendant que s’ouvre côté syrien une frontière turque qui reste obstinément fermée ? Leur nombre était hier encore estimé à 20.000, mais ils seraient désormais 35.000, principalement des femmes et des enfants, bloqués aux alentours de la ville d’Azaz dans le nord du pays. Cette vague pourrait prochainement atteindre 70.000 réfugiés d’après les autorités turques de la région.

Depuis Ankara, celles-ci maintiennent dans son principe l’ouverture de leur frontière aux réfugiés, mais elles se contentent dans la pratique de permettre le passage d’un nombre réduit de camions du croissant rouge turc, qui apportent de l’eau, de la nourriture, des couvertures et des tentes en territoire syrien. Dans l’immédiat, c’est de ce côté que les réfugiés sont bloqués, avec pour tout viatique leurs maigres baluchons. Que font les autorités européennes ? elles rappellent dans un communiqué le gouvernement turc à son devoir.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) « Les familles dorment depuis plusieurs jours dans les champs ou des tentes, dans le froid alors qu’aucune ONG internationale n’est présente pour les aider. Ils s’entraident entre eux ». Le croissant rouge international étudie une intervention dans cette région difficile d’accès.

Mais cela ne s’arrête pas là : 350.000 Syriens seraient en passe d’être bloqués à Alep par l’offensive conjuguée de l’armée syrienne et de l’aviation russe, où un siège en bonne et due forme serait en préparation, expliquant la panique qui s’est emparée des habitants de la région et leur fuite éperdue. A la recherche d’un refuge, les familles syriennes ne proviennent pas seulement d’Alep, la seconde ville du pays, mais aussi de la province d’Homs, où ont également lieu d’intenses bombardements.

Une rencontre avec François Hollande va précéder le voyage d’Angela Merkel à Ankara pour discuter avec le gouvernement turc des mesures qu’il compte prendre pour réduire le flux des réfugiés cherchant à atteindre l’Europe. Ce dernier a dans cette attente délivré de nouveaux signes de bonne volonté en faisant intervenir la police dans trois ateliers clandestins de fabrication d’embarcations « non homologuées » à Izmir, qui ont été détruits. Après les gilets de sauvetage, c’est au tour des canots. Ces raids sont-ils censés stopper les traversées de la mer Égée ?

C’est à qui n’héritera pas des réfugiés et, pour les Turcs, la fermeture de leur frontière est sans conteste la meilleure solution. Recep Tayyip Erdoğan, le président de la République turque avait sans succès proposé qu’une vaste zone soit démilitarisée et sous protection à la frontière turque, côté syrien. Envisage-t-il maintenant de créer un fait accompli, alors que s’entendent des bruits de botte qui pourraient préluder à une intervention militaire turque en Syrie ?

Ce sont huit camps qui ont déjà été dressés autour de la ville d’Azaz, un neuvième étant en préparation. Le sort des syriens semblant ainsi réglé, celui des Irakiens n’est pas oublié. Seuls les détenteurs d’un visa ou d’un permis de séjour émis par un pays de l’espace Schengen, les États-Unis, le Royaume-Uni ou l’Irlande pourront bénéficier d’une procédure d’entrée simplifiée en Turquie, les autres devant faire une demande de visa. Jusqu’à maintenant, une procédure simplifiée prévalait.

Une solution se dessine : qu’ils restent tous chez eux !

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