FAUT-IL À NOUVEAU PARIER LE PIRE ? par François Leclerc

Billet invité.

David Cameron proche d’obtenir l’essentiel de ce qu’il voulait auprès d’autorités européennes qui reculent devant le risque d’une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne (*), Matteo Renzi peut-il en espérer autant ne disposant pas du même levier ? Le premier engage un dernier tour de piste afin de rencontrer Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, le président du Conseil européen, le second se rend à Berlin pour discuter avec la chancelière, en précisant qu’il n’a pas son chapeau à la main.

Le président du conseil italien, qui lui aussi mesure la progression de l’euro-scepticisme dans son opinion publique, demande plus de flexibilité dans l’application des règles budgétaires en vue de favoriser la relance de l’économie italienne. « Je suis le dirigeant d’un grand pays, et j’ai mes idées » a-t-il fait valoir, n’acceptant plus que l’Italie soit traitée comme un partenaire mineur. Agit-il uniquement pour son propre compte ou veut-il en faire bénéficier d’autres pays ? Dans une interview accordé au quotidien portugais Pùblico, son secrétaire d’État aux affaires européennes Sandro Gozi parle « d’ouvrir un débat politique en Europe » à propos de « nécessaires visions alternatives à celles qui ont dominé la dernière décade », afin de « promouvoir la croissance ». Attendons la suite.

La question va toutefois être abordée par le biais de l’examen du projet de budget 2016 du Portugal, qui repose sur des prévisions de croissance de 2,1%, supérieures au 1,7% de la Commission. Celle-ci réclame des « clarifications » à Mário Centeno, le ministre des finances, qui portent sur le calcul de l’ajustement structurel. Le premier ministre Antonio Costa revendique que ses premières mesures vont stimuler l’emploi et la croissance, avant de rééquilibrer les finances publiques. Sans attendre le verdict de la Troïka en mission à Lisbonne, Fitch et Moody’s ont toutes deux jugées « irréalistes » les prévisions portugaises. La Commission qui va devoir faire un peu de politique va-t-elle ouvrir un second front en Europe  ?

L’Espagne va passer le même examen de passage, lui aussi retardé par les élections. La Commission s’est déjà inquiétée du délai mis à former un gouvernement, craignant que cela ne ralentisse le rythme des réformes et nuise à la confiance retrouvée. Un discours en tout point semblable à celui des banques BBVA et Santander… Selon une fuite comme toujours opportune, Bruxelles craindrait un nouveau dépassement des objectifs de déficit en 2016, ce qui pourrait la conduire à demander des coupes budgétaires. En Espagne, la Commission n’a pas tardé à faire de la politique afin d’éviter un troisième front…

Enfin, de quel verdict le gouvernement grec va-t-il pouvoir bénéficier  ? Si l’on en croit le commissaire Pierre Moscovici, qui se veut positif, « des progrès ont été fait » dans les discussions à propos des retraites et des objectifs budgétaires avec les équipes du Quartet présentes à Athènes. Cela n’ira pas jusqu’à accepter le plan gouvernemental destiné à protéger les petites retraites, cet ultime filet de sécurité. Selon une étude de l’association des PME grecques, une retraite est la principale source de revenu de 51,8% des foyers, les salaires n’intervenant que dans 37% des cas. Dans la moitié des cas, la retraite en question ne couvrira pas les besoins de base. Mais le FMI s’opposerait à l’augmentation des cotisations patronales proposé par le gouvernement et exigerait une nouvelle réduction des retraites de 15% en moyenne.

Le commissaire a tenu à préciser que les discussions à propos de Schengen étaient « un processus séparé », sans liens avec l’évaluation des réformes exigées dans le cadre du 3ème plan de sauvetage. Il est toujours possible de le nier, mais comment l’éviter  ? Cinq ans et trois plans de sauvetage après, la Grèce n’est toujours pas pas tirée d’affaire et sa barque va être dangereusement chargée par l’accueil de dizaines de milliers de réfugiés qui vont s’y trouver bloqués, à l’image de celles que les réfugiés empruntent pour la rejoindre.

Après avoir du abandonner son programme d’aides sociales destiné aux plus vulnérables, Alexis Tsipras peut-il attendre sur les retraites un soutien du groupe de travail crée par le Parlement européen, avec mission de suivre les négociations ? A la clé de leur conclusion, la discussion à propos de la dette devrait enfin s’ouvrir, le directeur du Mécanisme européen de stabilité (MES) Klaus Regling ayant pris les devant en annonçant que « il n’y aura pas de réduction, mais une aide portant sur le profil de la dette » (report du paiement des intérêts ou allongement des maturités). Dans de telles conditions, que va décider le FMI, qui vient de supprimer la disposition exceptionnelle lui ayant permis de participer au sauvetage de la Grèce en dérogation de la règle lui interdisant de soutenir financièrement un pays dont la dette n’est pas soutenable ?

Les dirigeants européens essayent de reprendre la main sur le dossier Schengen après avoir été totalement dépassés. Il a fallu de leur part beaucoup d’affolement et d’incompétence pour en arriver là. Après avoir précipité l’Europe dans une crise économique, sociale et politique dont elle n’est pas prête de se relever, ils ont à nouveau produit un immense gâchis.

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(*) Selon l’accord qui se dessine, les pays européens seraient autorisés à limiter l’accès des émigrants aux services sociaux (santé, scolarité des enfants…) en cas de contraintes trop fortes pesant sur ces derniers.

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