L’EUROPE, SOUS SON MEILLEUR JOUR, par François Leclerc

Billet invité.

Il ne faut plus s’attendre au pire, il est arrivé. Anticipant pour une fois les évènements en prenant conscience qu’après l’hiver survient le printemps, les autorités européennes s’affolent devant la perspective du renforcement de l’exode qui leur pend au bout du nez.

Les réfugiés ont pour leur part anticipé la mort de Schengen en raison du rétablissement des contrôles aux frontières, par effet domino depuis l’Autriche jusqu’à la Macédoine, chaque pays craignant de devenir le cul-de-sac où s’entasseraient les réfugiés. Profitant de ce qu’ils pressentent être un dernier créneau avant la fermeture de la Route des Balkans, ils déjouent les pronostics et continuent de traverser une mer Égée devenue glaciale au prix de nouveaux naufrages et noyades. Ceux qui sont désormais refoulés en toute humanité du Danemark vers la Russie, dans cette région du grand Nord où les températures avoisinent -30 degrés, ne connaissent pas de meilleur sort.

Angela Merkel multiplie les contacts avec les autorités turques, en leur demandant de lutter contre les passeurs afin de diminuer le flux des réfugiés, mais celles-ci ont dans l’immédiat trouvé un autre moyen de faire preuve de leur bonne volonté. Elles font la chasse aux ateliers clandestins de fabrication de gilets de sauvetage pour les fermer, et arrêter les réfugiés qui y travaillent, au prétexte qu’ils ne seraient pas aux normes – pour peu qu’ils ne respecteraient pas les règles de la propriété intellectuelle. Selon ce calcul, les réfugiés n’ont d’autre choix que d’abandonner leurs projets ou de prendre des risques encore accrus, un grand nombre des réfugiés ne sachant pas nager. En vérité, ils ne sont plus à cela près, à constater les paris que font déjà toutes les nuits les deux à trois mille d’entre eux qui s’embarquent en famille.

« La patience de nombreux Européens a atteint ses limites » a déclaré la ministre autrichienne de l’Intérieur Johanna Mikl-Leitner. « On a beaucoup parlé, maintenant, il faut agir. Il s’agit de protéger la stabilité, l’ordre et la sécurité en Europe », a-t-elle encore martelé. Qualifiant de « mythe » l’idée que la frontière maritime greco-turque ne puisse pas être contrôlée (l’Autriche n’est bordée par aucune mer), s’est-elle faite l’interprète de ses collègues européens en menaçant la Grèce d’une « exclusion provisoire » de Schengen si celle-ci « n’entreprend pas enfin plus pour la sécurité des frontières extérieures de l’Union européenne » ?

Se plaindre de la Grèce n’étant « pas suffisant », une autre option radicale a été proposée par les Premiers ministres hongrois et slovène. Elle vise à construire une « ligne de défense » depuis la Macédoine – qui n’est pas membre de l’Union européenne – jusqu’à la Bulgarie. L’objectif est d’assurer le contrôle de la frontière avec la Grèce, qui serait ainsi isolée. Selon le Financial Times, la Commission européenne aurait envoyé en Macédoine une mission chargée d’étudier le projet et serait, avec le gouvernement allemand, prête à le soutenir. On attend le démenti.

Un sommet européen est prévu mi-février, dans moins d’un mois, laissant le temps à la situation de continuer à se détériorer et aux esprits de s’échauffer. Le risque est grand que la précipitation soit le paravent choisi pour prendre les pires décisions, au mépris du respect du droit d’asile. Les dirigeants européens se sont révélés incapables d’organiser la prise en charge collective des réfugiés et vont leur en faire payer le prix fort. C’est le seul terrain d’entente qu’ils trouveront.

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