EN CHINE, LA PERFECTION S’ANNONCE DE CE MONDE, par François Leclerc

Billet invité.

Que projette exactement le gouvernement chinois en inscrivant à son 13ème plan quinquennal la création à l’échéance de 2020 d’un « système de crédit social » qui reste entouré d’un grand flou ? Présenté sous ses plus beaux atours, il y est succinctement annoncé comme devant être « un référentiel d’information basé sur la population nationale, destiné à améliorer le système de crédit social et le mécanisme d’intervention de crise ». Aucune description officielle de ses contours et mécanismes n’est actuellement disponible, la constitution par étapes de cette gigantesque base de données s’annonce pharaonique et justifie les interrogations.

Dans la logique du contrôle très attentif de la société chinoise par le Parti-État, un nouvel instrument reposant sur les technologies numériques semble se profiler, l’antique système du dangan (littéralement : les archives) qui suivait les Chinois toute leur vie et en enregistrait les évènements importants, étant totalement dépassé par les évènements. L’évolution de la société chinoise implique de se mettre au goût du jour et de disposer d’un système plus performant, afin que le régime dispose d’un outil lui permettant d’encadrer son évolution, les occasions et tentations de déviance se multipliant.

Toute la population chinoise semble être concernée, ainsi que les institutions, administrations, collectivités, associations et entreprises : nul n’aurait vocation à échapper à la collecte systématique des informations qui se prépare, selon les bribes d’informations qui filtrent. Sous prétexte de « notation » et sur le mode d’un historique de crédit élargi au sens social du terme, c’est à dire à l’activité en général et non plus au seul crédit bancaire, le « système de crédit social » aurait vocation à enregistrer et détenir un maximum de données individuelles recueillies aussi bien par les administrations que par les réseaux sociaux et le commerce électronique. Chaque citoyen se verrait gratifier d’une notation dont les usages extensifs ne sont pas précisés.

Pour donner un exemple, l’accès à certaines professions considérées comme sensibles (enseignement, journalisme, médecine…) pourrait être ainsi contrôlé… Mais l’on peut aussi penser à un système de gratifications ou de pénalités qui découlerait d’une hausse ou d’une baisse de sa notation. Les bons citoyens se voyant par exemple octroyer des accès privilégiés à des produits à coût réduit.

Le Parti-État étant en soi un mélange des genres, il ne se prive pas d’en cultiver d’autres. Le démarrage de cette base de données a pris appui sur la mise en place d’une coopération instituée avec les huit géants chinois des réseaux sociaux et du commerce électronique, afin de développer sous son autorité un projet pilote à grande échelle. Le principal d’entre eux, Alibaba, dispose déjà via sa filiale financière Sesame Credit d’une base de données de sa clientèle forte de 400 millions d’inscrits, tandis que la Banque centrale chinoise, qui est partie prenante, dispose des données financières de 800 millions de Chinois (mais seulement de 320 millions s’agissant de leur historique de crédit).

Dans une vision aboutie, une fois suffisamment alimenté, un tel système serait en mesure de non seulement offrir des descriptions de la société à la demande ainsi que des profils types mais également de prévoir des comportements collectifs ou individuels, afin de si nécessaire réagir. Tel pourrait être le but ultime. Cela laisse entrevoir que la notation qui serait effectuée n’aurait pas que des implications financières ! La société chinoise se complexifiant, un instrument de contrôle social mégalomane permettant d’y faire face est dans les limbes. Jusqu’où ira le projet ?

S’inscrivant dans cette même logique, au nom de la lutte contre le terrorisme, un projet de loi présenté par le Parti communiste devrait être adopté les jours qui viennent par le Congrès national du peuple : les entreprises informatiques devront installer des back doors (portes d’accès dérobées) dans leur produits et fournir aux autorités les clés de cryptage qu’ils proposent à leur clientèle…

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