LA GAUCHE AU POUVOIR À LISBONNE ! par François Leclerc

Billet invité.

À contre-cœur et n’ayant pratiquement pas d’autre solution, le président de la République portugaise s’est finalement résolu à confier au leader socialiste Antonio Costa la responsabilité de constituer un gouvernement. Sept longues semaines se sont écoulées depuis les élections qui ont donné aux partis de gauche la majorité à l’Assemblée nationale, un gouvernement de droite ayant entretemps chuté au bout de onze jours d’existence. Un échange de lettres dans la journée d’hier a permis au président de sauver la face sans gloire, Antonio Costa lui donnant à sa demande des assurances sur la conduite à venir du Bloc de gauche et du parti communiste, appelés à soutenir son gouvernement.

Le président Anibal Cavaco Silva a demandé des « clarifications » à propos des accords avec ces deux formations, qui  « suscitent des doutes sur la stabilité et la durabilité d’un gouvernement minoritaire du Parti socialiste ». Pour l’essentiel elles portent sur l’approbation de la motion de confiance et l’adoption du budget (notamment en 2016), le respect du pacte budgétaire et la participation à l’union monétaire, ainsi que sur le maintien dans l’Otan. Des questions qui avaient déjà été soulevées et auxquelles il avait été déjà répondu par chacun des signataires des accords. Ce qui a permis au dirigeant socialiste de répondre quasiment par retour en citant des extraits du programme du PS et des accords avec le Bloc de gauche et le PC…

Après avoir mal digéré sa défaite, la droite portugaise a eu beaucoup mal à se résigner à la venue d’un gouvernement de gauche à un pouvoir qui lui revenait de droit, et qu’elle ne s’est résolue à partager avec les socialistes qu’afin d’éviter le pire : un gouvernement socialiste soutenu par une extrême-gauche et un parti communiste qu’elle aurait voulu reléguer pour toujours au purgatoire de l’opposition. Sans pouvoir être suspecté d’emphase, Antonio Costa a proclamé « un mur est tombé ! », une fois ses négociations avec ses partenaires conclues. Forte de sa majorité, la gauche a commencé sans tarder à adopter de premières mesures, dont l’autorisation de l’adoption d’un enfant par les couples homosexuels.

De quelle marge de manœuvre, le nouveau gouvernement va-t-il bénéficier ? Toute à sa colère, la droite a déjà annoncé sa farouche opposition à ce qu’elle considère être une usurpation illégitime issue d’un mariage contre nature. Les autorités européennes, qui ont préféré garder un prudent silence forts d’une expérience passée ratée, ont d’autres chats à fouetter, le Portugal étant sorti de son plan de sauvetage. Les marchés dont la vindicte a été appelée par la droite n’auront pas leur mot à dire au cours de l’année qui vient, les besoins de financement de l’État ayant été anticipés pour profiter des bas taux d’intérêt de la dette portugaise. Enfin, il est peu probable que la coalition parlementaire puisse éclater rapidement, aucune de ses composantes n’ayant intérêt à retourner devant les électeurs après en avoir pris l’initiative.

La marge de manœuvre d’Antonio Costa va être plus large que celle de Syriza en Grèce, alors que la courte majorité du gouvernement Tsipras s’amenuise à la faveur du vote au Parlement de mesures du 3ème plan de sauvetage. En tirant les conséquences, le premier ministre grec a appelé les partis d’opposition à un « dialogue » afin de garantir l’adoption des mesures à venir, dont il tente de réduire les conséquences sociales comme pour les précédentes.

Devenu incertaine et chaotique en raison des évènements qui se succèdent et se télescopent, l’évolution du contexte européen va être à terme déterminante. Malmené, le pacte budgétaire ne s’impose plus avec la même rigueur qu’auparavant. Les premiers accommodements consentis par Bruxelles seront-ils suivis d’autres ? Cela pourrait être une question de temps !

S’opposant au gouvernement allemand, la Commission cherche déjà à imposer la mutualisation très progressive du fonds de garantie des dépôts de l’Union bancaire. La crise des réfugiés n’a quant à elle pas fini de produire ses effets, atteignant de plein fouet l’Allemagne qui ne décide plus seule des règles du jeu et cherche à partager l’accueil des bénéficiaires du droit d’asile dans des conditions qui n’y sont pas propices. Les pays européens vont-ils à l’image de la Grèce bénéficier d’une certaine mansuétude, les deux crises financière et des réfugiés faisant l’objet de discrets arbitrages ? Cela n’est pour l’instant qu’une hypothèse.

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