RESTREINDRE LA LIBERTÉ AU NOM DE SA DÉFENSE ? par François Leclerc

Billet invité.

Il nous est à nouveau donné l’occasion d’observer le comportement des dirigeants politiques dans une situation de crise. A côté des figures imposées, on assiste à une surenchère verbale avec comme principal souci de ne pas se faire dépasser politiquement à droite ! Il faut tenir son rang, c’est à qui sera le plus martial et préconisera les mesures les plus exemplaires, tout en n’ignorant pas qu’elles sont illusoires.

Les mesures ne manquent pas, dominées pour celles qui sont appliquées par l’établissement des contrôles aux frontières et l’instauration de l’État d’urgence, avec comme effet de ce dernier, l’interdiction des manifestations. Alors qu’est ressenti le besoin de réagir collectivement lorsque l’occasion se présente, sur un autre mode que celui de la peur, afin de faire front et de ne pas donner raison aux fanatiques, les autorités appellent à se figer dans une minute de silence ! Cette attitude fait contraste avec celle qui avait prévalu en janvier dernier, lors de la tuerie de Charlie. Cette fois-ci, le gouvernement se réserve le droit, maniant le paradoxe, de restreindre les libertés publiques au nom de leur défense. Mais comme le remarque dans son éditorial (« éditorial » en Français) le Guardian « ….si l’on a le sentiment que les valeurs de l’Europe sont en danger, alors la dernière façon de protéger ces valeurs serait de les démanteler ». Rappelant auparavant que le « registre de guerre, autorisant implicitement son lot de mesures extrêmes, a conduit les USA et leurs alliés à prendre plusieurs décisions désastreuses. »

Cela incite à s’interroger à ce propos, sans procès d’intention vu ce que l’on a dernièrement découvert dans le domaine de la surveillance de masse. Et à se souvenir que Gilles Deleuze avait dès 1990 annoncé que les « sociétés de contrôle sont en train de remplacer les sociétés disciplinaires ». C’était il y a vingt-cinq ans, du chemin a depuis été parcouru et nous n’y prenons pas toujours garde pour cause de la banalisation qui s’opère. La question à se poser dorénavant est de savoir si l’avènement des sociétés de contrôle est ou non irréversible, et comment y résister. A s’en tenir aux faits, elle progresse bien.

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