LA COURSE DE LENTEUR DES AUTORITÉS, par François Leclerc

Billet invité.

Au prétexte de diriger les réfugiés vers les postes frontières et de « réduire le flux à un niveau gérable », les autorités slovènes vont construire des « obstacles techniques temporaires » sur leur frontière avec la Croatie. Cette décision en annonce d’autres identiques de la part des pays de la Route des Balkans, ce qui va obliger la Grèce, en début de parcours et en fin de compte, à accueillir les réfugiés en attente dont le nombre va grossir sur son sol au fil d’arrivées supérieures aux départs.

En prenant cette décision, la Slovénie n’a fait que préparer la création de « centres de traitement » éparpillés sur la Route des Balkans préconisés la veille à Bruxelles par les ministres européens de l’intérieur. L’objectif du « traitement » en question étant de séparer les bénéficiaires potentiels du droit d’asile des autres, selon des critères durcis puisqu’ils semblent exclure les Afghans, afin qu’ils soient refoulés.

L’annonce de la Suède – pays d’asile reconnu – a sonné comme un signal d’alarme. Elle a demandé la relocalisation de réfugiés déjà arrivés sur son sol en trop grand nombre pour les abriter. Mais c’est surtout la situation en Allemagne qui a déterminé les ministres à agir, repoussant faute de mieux le problème en Grèce, une fois « régulé » tout au long de sa route un exode qu’ils préfèrent qualifier de « flux ».

Sous la pression de son ministre de l’intérieur, Thomas de Maizière – qui a reçu l’appui de Wolfgang Schäuble – Angela Merkel a finalement dû reculer et ne plus admettre le regroupement familial des réfugiés admis à rester en Allemagne. L’establishment de la CDU veut désormais limiter à tout prix le nombre de réfugiés, alerté par une érosion électorale dans les sondages. Aujourd’hui, la chancelière à appelé à « sécuriser les frontières extérieures » afin de soulager les pressions intérieures qui s’accroissent, sans donner de mode d’emploi.

Aux deux extrémités de la Route des Balkans, l’Allemagne et la Grèce vont en attendant accueillir un nombre grandissant de réfugiés, alors que les négociations avec les Turcs ne font que commencer, et qu’il n’est plus question d’une suppression du plafond de « relocalisation » de 160.000 réfugiés selon le système de quota adopté. Sa mise en route sous cette forme restreinte est déjà très lente, aucun pays ne manifestant d’empressement particulier à y contribuer. Que ce soit dans ce domaine ou pour mettre en route en Grèce et en Italie des « hot spots », la lenteur continue de prévaloir là où l’urgence grandit. Revenus chez eux, les dirigeants européens appliquent à contrecoeur les décisions prises ensemble.

Le rapport annuel de l’Union européenne sur les droits de l’homme en Turquie dénonce de « graves reculs » de la liberté d’expression et ne va pas contribuer à la négociation du « plan d’action » que les dirigeants européens avaient cru pouvoir déjà annoncer. Le ministre turc des affaires étrangères a immédiatement répliqué en qualifiant « d’inacceptables » les propos tenus sur le président Recep Tayyip Erdoğan, comme s’ils étaient des crimes de lèse-majesté. C’est dans ce contexte que Johannes Hahn, le commissaire à l’élargissement, est arrivé aujourd’hui en Turquie avec le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, afin de poursuivre les négociations sur les réfugiés…

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