LENTEMENT, ILS S’ENFONCENT… par François Leclerc

Billet invité.

Une faible croissance européenne – quand elle est enregistrée – côtoie une poussée déflationniste prononcée et persistante. Rien de notable ne bouge dans un panorama économique européen bien installé, à l’exception notable d’un recul des commandes à l’industrie allemande, qui a pour origine selon les mois la zone euro ou la Chine, confirmant la faiblesse d’un modèle de croissance basé prioritairement sur l’export. Par ailleurs, les velléités de renforcement de la gouvernance européenne ne se concrétisent pas et la crise politique poursuit son chemin. L’exode massif des réfugiés domine désormais ce panorama.

Ne surprenant pas, les dirigeants européens restent aussi démunis à ce propos. Bousculés et condamnés à l’improvisation pour ne rien avoir anticipé, ils continuent sur ce même mode faute de mieux. Même l’hiver qui s’approche ne semble pas diminuer le flux des réfugiés, si l’on en croit les prévisions du HCR, et le dispositif permettant de les accueillir et de les répartir n’est toujours pas opérationnel. En attendant, l’Allemagne va créer sur son territoire trois centres destinés à trier les candidats au droit d’asile, afin de refouler la petite minorité de ceux qui ne peuvent y prétendre. Les autres y attendront leur « relocalisation ». Pour ceux qui dépasseront le plafond des 160.000 places d’asile, on ne sait pas. Si la fermeture des frontières des pays de la Route des Balkans a pu être évitée in extremis, une « régulation » du flux de l’exode se dessine. L’Autriche pourrait entraîner les autres pays à faire de même à leurs frontières. Le sort des réfugiés reste quant à lui une préoccupation parfaitement secondaire.

Moins spectaculaire et plus profonde, la crise politique européenne se précise. La Grèce ayant joué les francs-tireurs à son détriment, le Portugal et l’Espagne sont comme prévu entrés dans le jeu, bien que de manières imprévues. Un gouvernement socialiste appuyé par l’extrême-gauche et les communistes devrait finalement voir le jour à Lisbonne, ouvrant une période de fortes tensions politiques. Et le scénario espagnol ne va pas davantage être conforme aux prévisions : en perte de vitesse, Podemos se trouve marginalisé par l’Union sacrée anti-indépendantiste en Catalogne, et Cuidadanos prend le dessus, devancé par le partido popular dans les sondages.

Afin d’alléger les mesures d’austérité, les gouvernements issus des élections portugaise et espagnole vont se trouver confrontés à la même recherche difficile de marges de manœuvres budgétaires. C’est tout le but de l’accord entre les formations de gauche portugaise, qui est centré sur cet objectif. Le premier ministre espagnol avait de son côté pris les devants en période préélectorale, à charge pour le gouvernement qui sortira des élections de rectifier son projet de budget 2016, ses prévisions jugées « un peu trop optimistes » par Pierre Moscovici.

Le même exercice délicat préside à l’élaboration des budgets 2016 dans tous les pays européens, afin de respecter les objectifs de réduction du déficit public. En Italie, Matteo Renzi utilise toutes les ressources de flexibilité et d’exemptions du traité budgétaire, et même au-delà, pour financer la relance, la Commission s’y prêtant. Mais son budget 2016 risque lui aussi de pécher par optimisme en raison de l’effet sur l’économie italienne du ralentissement européen général. Quant au gouvernement français, il est attendu au tournant, déjà considéré comme n’allant à nouveau pas respecter son objectif de passer le déficit en dessous de la barre des 3% du PIB en 2017.

Le cas de la Grèce est particulier, étant donné le fardeau qui pèse sur elle, en première loge de de la crise des réfugiés. Sortie en 2014 d’une récession qui avait duré six ans, elle y a replongé en 2015 et cela ne s’annonce pas mieux pour 2016. Le gouvernement grec pourra-t-il, comme évoqué par le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem, bénéficier de la clause permettant de soustraire du calcul de son déficit les mesures occasionnées par des « circonstances exceptionnelles » ? « Nous devons l’évaluer » a répondu Pierre Moscovici, en insistant sur le fait qu’il ne s’agirait pas d’un « assouplissement général ou des règles du pacte de stabilité ». Sur ce sujet comme sur celui des réfugiés, les dirigeants européens restent sans ressorts.

S’agissant du moyen terme, les perspectives qu’ils offrent ne sont pas plus engageantes. Proposée a minima par un document rédigé par les cinq présidents européens, la réforme de la « gouvernance européenne » donne lieu de temps à autre à des ballons d’essai qui ne rebondissent pas. Divisés, démunis d’une vision les faisant sortir de l’ornière dans laquelle ils se sont eux mêmes engagés, les dirigeants européens ne parviennent à se mettre d’accord que sur leur plus petit dénominateur commun et subissent les évènements plus qu’ils ne les dominent. La construction européenne est stoppée au profit d’une érosion de l’Europe destinée à se poursuivre.

Oui, il est temps de mettre au point un plan B pour l’Europe !

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