ILS NE POURRONT PAS DIRE QU’ILS NE SAVAIENT PAS, par François Leclerc

Billet invité.

« L’Égée est remplie de cadavres de migrants – Européens, assassins des peuples ». Alexis Tsipras et Martin Schulz, président du Parlement européen, ont été ce matin accueillis à Lesbos par cette banderole tendue sur la façade de la mairie, qui a été investie par des réfugiés. Dans le camp de Moria où ils sont enregistrés, des réfugiés avaient pour les accueillir endossé des gilets de sauvetage, devenus le symbole de leur traversée de la mer Egée, et brandissaient des pancartes : « ouvrez les barrières ! plus d’autres noyades ! ». Deux nouvelles noyades d’enfants au large de l’île de Kos avaient été déplorées au matin.

La veille, dans le cadre de leurs déplacements sur le terrain, les deux dirigeants étaient à Athènes, devant les caméras et au pied de la passerelle de l’avion au bord duquel allaient s’envoler vers le Luxembourg, au titre de la « relocalisation », un premier contingent de six familles de réfugiés syriens et irakiens. Un parfait symbole de la manière dont les pays européens engagés dans ce programme qui concerne 160.000 réfugiés traînent les pieds, 117 réfugiés ayant à ce jour été acheminés vers leur pays d’accueil, ces trente réfugiés compris.

Maniant peu à propos la métaphore aquatique, Alexis Tsipras a souhaité à l’occasion de leur départ que cette « goutte dans l’océan » devienne « un torrent, puis un fleuve d’humanité ». Le premier ministre a annoncé un prochain déplacement en Turquie, afin que la procédure d’entrée en Europe « soit menée, tôt ou tard, et j’espère tôt, de l’autre côté de la mer Égée », car « la Grèce n’est pas la porte d’entrée, c’est la Turquie qui est la porte d’entrée ».

Mais il n’a pas pipé mot à propos du mur de trois mètres de haut édifié par le gouvernement de droite précédent, entre 2011 et 2013, qui empêche depuis lors de franchir les douze kilomètres de la frontière grecque terrestre avec la Turquie. Celle-ci était un point de passage privilégié pour entrer en Europe à l’extrémité Est de la Grèce, aux confins avec la Bulgarie qui a aussi édifié un mur. Il suffirait de l’ouvrir en Grèce pour stopper le massacre, mais la police turque s’est en septembre dernier opposée aux tentatives des réfugiés venus d’Istanbul en bus de l’obtenir, et rien n’y a fait. Depuis, Alexis Tsipras a exclu un tel geste au nom d’une « gestion responsable » du flux des réfugiés…

Comme la modicité des moyens mis en place sur la Routes des Balkans pour soulager les réfugiés dans leur exode, la fermeture de cette frontière participe d’une politique européenne que le gouvernement grec applique : le minimum doit être fait pour aider les réfugiés, au risque sinon d’accroître encore l’exode. Comme Human Rights Watch le dénonce, « il n’y a pas de réponse humanitaire des institutions européennes, et ceux qui ont besoin d’abris, de nourriture, de vêtement et d’assistance médicale dépendent de la bonne volonté de bénévoles ». À Lesbos, la principale porte d’entrée vers l’Europe où débarquent la grande majorité des réfugiés venant de Turquie, il n’y a toujours que deux ambulances disponibles et les volontaires, qui ne sont pas membres des grandes ONG, font avec les habitants de l’île au mieux avec les moyens qu’ils ont.

L’hiver approche, les conditions dans lesquelles les réfugiés parcourant la Route des Balkans empirent et la rendent plus dangereuse, le HCR prévoit l’arrivée en Europe de 600.000 réfugiés supplémentaires ces quatre prochains mois via la Turquie et réclame des mesures de toute urgence qui ne viennent pas.

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