SOINS PALLIATIFS POUR UNE EUROPE EN FIN DE VIE, par François Leclerc

Billet invité.

La discipline fait la force des armées. C’est tout le sens des toutes nouvelles recommandations du Conseil des experts économiques allemands, qui bénéficient du statut de « sages », c’est-à-dire au-dessus de la mêlée. D’où l’importance de leur conclusion : un pays – « non coopératif en permanence » et incapable de faire face à ses dettes – doit quitter l’euro en dernier ressort. Nous n’en sommes plus à la suspension de quelques années proposée à la Grèce par Wolfgang Schäuble.

Les mêmes considèrent que les créanciers d’un tel pays seraient bien avisés de mesurer les risques qu’ils prennent, puisqu’ils seraient dans l’obligation de subir la restructuration de dette qui découlerait de cette nouvelle règle. Celle-ci est assortie du commentaire définitif suivant : « afin d’assurer la cohésion de l’union monétaire, nous devons reconnaître que les électeurs ne sont pas prêts à financer de façon permanente les pays débiteurs. »

Le rapport va dans le sens d’un durcissement de l’article 125 du Traité de Lisbonne, que Wolfgang Schäuble interprète à sa manière en assurant qu’il interdit à un pays membre de l’Union européenne de faire défaut. Au terme d’une révision du Traité, cela serait clairement acté. Un nouveau mécanisme de résolution serait également mis en place afin de gérer et de financer des restructurations de dette de manière ordonnée, dont les modalités devraient être adoptées sous strictes conditionnalités par les gouvernements nationaux. Enfin, une réglementation devrait empêcher toute prise en otage de la BCE dans son rôle de prêteur en dernier ressort des banques.

Les « sages » ne font qu’éclairer la politique de Wolfgang Schäuble, qui bénéficie d’un large soutien au sein de son parti ainsi que du SPD. En réponse aux propositions française et italienne, ils constituent une offre que l’on ne voit pas acceptée… Ce ne sont pas les mêmes leçons qui sont tirées dans chaque camp, mais les responsables allemands ont pour eux une logique que les Français n’ont pas, se contentant de rajouter un étage politique à un dispositif déjà très lourd et dont le caractère opérationnel n’a pas été démontré.

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