LEUR EUROPE AU BOUT DU CHEMIN, par François Leclerc

Billet invité.

La première réunion de finalisation du 3ème plan est annoncée se tenir aujourd’hui à Athènes : il n’y a pas de temps à perdre si, comme annoncé à Athènes et à Bruxelles, les négociations doivent être bouclées à temps pour qu’un premier transfert de fonds intervienne, permettant au gouvernement grec d’honorer son remboursement à la BCE du 20 août prochain. Dans le cas contraire, un nouveau crédit-relais devra être trouvé pour attendre leur conclusion et éviter un défaut de paiement. L’idée qui domine est de ne pas s’engager dans de nouvelles interminables négociations qui risqueraient de s’enliser et qui contribueraient à la poursuite de l’effondrement de l’économie, accentuant un fait déjà largement accompli.

Différentes estimations de l’atterrissage 2015 du pays circulent, qui ont en commun de prévoir le retour à la récession : la fondation grecque IOBE annonce une contraction de 6% du PIB, la Commission s’en tient à une fourchette de 2 à 4%. Ces prévisions contredisent la réalisation d’un excédent budgétaire primaire en 2015, ainsi que les années suivantes, comme imprudemment décidé lors du sommet européen : l’accord du sommet européen est mort-né. Il apparaît également que le PIB aurait recommencé à décroître avant les élections grecques et la suspension du 2ème plan de sauvetage, contredisant ceux qui en font porter la responsabilité au gouvernement Tsipras pour s’en disculper.

Entretemps, on a appris de la bouche de Jean-Claude Juncker qu’une proposition de tenue en octobre d’une conférence européenne sur la dette, faite à Alexis Tsipras dans le cours des précédentes négociations, aurait été sabordée par les gouvernements espagnol, irlandais et portugais, tous opposés à ce que la question soit discutée avant que ne se tiennent des élections dans leur pays respectif. Elles démarreront néanmoins à Athènes, mais dans un autre contexte. « Sur l’allègement de la dette, il faudra un engagement précis, concret » pour que le FMI participe au nouveau plan, a déclaré sans ambages son porte-parole Gerry Rice. Sinon, il faudra boucher un très gros trou financier de plus de 30 milliards d’euros, le MES annonçant apporter 50 milliards seulement sur les plus de 80 milliards requis !

L’argument d’autorité de Wolfgang Schäuble, selon qui l’article 125 du Traité de Lisbonne ferait obstacle à toute réduction de la dette d’un État, suscite des réactions en Allemagne. À la logique juridique formelle du ministre en est opposée une toute autre, économique : celle qui consisterait à lier le remboursement de la dette à la croissance – et d’inciter à celle-ci – au lieu de consacrer l’essentiel de l’aide financière à la protection des intérêts des créanciers, aboutissant à son contraire.

Il est remarqué au passage dans la tribune de la Frankfurter Allgemeine Zeitung des directeurs de l’Institut Max Planck, du DIW e de l’Institut Bruegel, que la Loi Fondamentale (la Constitution allemande) n’interdit aucunement les restructurations de dette. Au passage, son approche rejoint celle que Yanis Varoufakis avait tenté de faire valoir dès sa première intervention de ministre à Londres, sans être entendu. Tandis que fidèle à son dogme le ministre allemand tente une nouvelle fois d’élever une barrière juridique infranchissable en se référant à un Traité européen, cette lourde construction formelle dont il prétend posséder la clé.

Les questions dérangeantes s’additionnent en s’enchaînant : comment le 3ème plan pourra-t-il s’inscrire dans le cadre décidé ? Comment la Grèce restera-t-elle dans la zone euro si cela doit être malgré tout le cas ? Comment cette dernière évitera-t-elle ensuite un délitement ? Et enfin, comment la fiction du remboursement de la dette pourra-t-elle être maintenue ? C’est toute une politique qui s’écroule et avec elle une conception de l’Europe qui fait son temps.

P.S. Contre-ordre : les représentants des créanciers – ils disent des « institutions » – ne se rendront à Athènes que dans « les jours prochains », indique-t-on à Bruxelles. Des problèmes logistiques sont invoqués, peut-être les vols sont-ils surbookés…

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