GRANDE POLITIQUE ET PETITS CALCULS, par François Leclerc

Billet invité.

Parlant de Wolfgang Schäuble, Yanis Varoufakis déclarait, du temps où il le fréquentait assidûment lors des réunions de l’Eurogroupe, qu’il était le seul de ses interlocuteur à avoir « de la substance ». On ne peut pas en effet reprocher au ministre allemand des convictions pro-européennes affirmées pourvues d’une incontestable cohérence. A bien y regarder, c’est d’ailleurs à leur source que François Hollande vient de puiser ses propositions d’une avant-garde européenne, dans l’intention de ne pas perdre totalement la main.

Dans un article publié par le FinanciaL Times en août de l’année dernière, cosigné avec Karl Lamers de la CDU, le ministre des finances allemand avait exposé très clairement sa conception de l’avenir de l’Europe, comme le rappelle Yanis Varoufakis. Sous le titre « Le renforcement de l’intégration reste le bon objectif de l’Europe », il écrivait : « Pourquoi ne pas avoir un commissaire chargé du budget européen et disposant du pouvoir de rejeter les budgets nationaux s’ils ne correspondent pas aux règles admises en commun ? ». Il ajoutait être en faveur d’un « parlement de la zone euro regroupant les députés des pays membres de la zone euro, afin de renforcer la légitimité démocratique des décisions affectant le bloc de la monnaie unique. » En quoi cette conception diffère-t-elle de « l’avant-garde » proposée par François Hollande, si ce n’est que le premier veut couper la branche morte grecque, et d’autres si nécessaire, et que le second prétend l’éviter sans s’en donner les moyens ?

Au train où sont parties les choses, en effet, à quelles conditions le 3ème plan de sauvetage va-t-il aboutir, les négociations allant reprendre sous la férule de Wolfgang Schäuble qui est convaincu non sans raison qu’il ne donnera pas les résultats escomptés et qu’il faut encore durcir ses exigences ? Il est prévisible que dès la première évaluation de sa mise en œuvre, s’il voit jamais le jour, le gouvernement grec ne sera pas dans les clous… Que se passera-t-il alors ?

Tout à sa petite affaire, François Hollande pense être en mesure de mieux négocier un assouplissement des règles du Dr. Schäuble, accompagné de son compère Matteo Renzi au sein de « l’avant-garde » qu’il propose de constituer. C’est tout le sens de son initiative, mais cela reste à se concrétiser. Dans son article dans Die Zeit Yanis Varoufakis est revenu sur les propositions du ministre allemand et met en valeur que celles-ci, reposant sur une alliance entre les Etats, et non pas sur un système fédéraliste, ne compenseront pas les abandons de souveraineté qu’elles préconisent par la création d’un parlement spécifique, car l’exécutif représenté par une sorte d’Eurogroupe développé restera hors de tout contrôle démocratique, comme il le rappelle en évoquant son caractère informel, faisant également état du flou de la mission d’une banque centrale européenne qui n’est soumise à aucun contrôle. Nous vivons une époque de simulacres.

Cherchant à ouvrir le jeu, le président français voudrait-il se mettre dans les bonnes grâces de ses partenaires allemands, n’ayant pas de politique alternative à la leur à défendre, sans doute convaincu que tout est une simple question d’ajustement ? Mais après avoir chanté victoire à propos de la Grèce, ne s’oubliant pas au passage, que va-t-il dire quand la bise surviendra ? Sa politique envers la Grèce est l’expression aboutie de son inconséquence : il est intervenu au dernier moment pour éviter de se retrouver avec ses créances sur les bras, mais il ne peut qu’en retarder le moment.

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