LE PRIX QUE LES CRÉANCIERS VONT DEVOIR PAYER, par François Leclerc

Billet invité.

Un sommet de dix-sept heures aura été nécessaire pour parvenir à un accord dont les détails ne sont pas encore connus, au terme duquel… des négociations vont pouvoir s’ouvrir entre la Grèce et ses créanciers. Pied à pied, le pistolet sur la tempe, Alexis Tsipras a cherché à assouplir un cadre qui ne lui laissait comme choix que de se soumettre ou se démettre. Arrivé au sommet de dimanche soir en annonçant « être prêt à un honnête compromis », il s’est trouvé placé devant l’exigence d’une reddition sans conditions. « L’Europe prend sa revanche sur Tsipras » titre ce matin le Guardian, résumant la réaction dominante des journalistes qui ont couvert le sommet et l’ont exprimé sur leurs comptes twitter. Les créanciers ont gagné, mais ils ont perdu le beau rôle.

Les créanciers ont offert un double spectacle : celui de leur division, partagés entre une chancelière allemande au plus haut point de son intransigeance et un président français soucieux d’arrondir les angles et d’éviter une sortie de la Grèce de l’euro ; ainsi que celui de leur inscription dans une stratégie qui a déjà failli et qui ne se dément pas : la Grèce doit être à terre au nom d’un remboursement de sa dette qui n’aura pas lieu. Une nouvelle promesse d’allégement de la dette en la « reprofilant » n’y changera rien.

En attendant la suite, la démonstration de force qui a été opérée soulève le cœur. La Grèce ne va pas sortir de l’euro, mais c’est au prix de la poursuite de son effondrement. Ceux qui s’en prévalent feraient mieux de ne pas pavoiser. Leur conception de l’Europe est désormais l’objet d’un profond malaise qu’ils ne pourront pas estomper. La crise politique va pouvoir se donner libre cours, en Grèce et dans toute l’Europe. C’est le prix que les créanciers vont devoir payer.

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