LA BCE ENGAGE LES HOSTILITÉS, par François Leclerc

Billet invité.

C’est peu dire que le style et la tactique de négociation de l’équipe grecque agacent les dirigeants européens. Cohérent avec son rejet de la Troïka comme interlocuteur, Yanis Varoufakis voit un par un ses créanciers et essaime des interviews dans la grande presse au fur et à mesure de ses déplacements. Au fil de ses déclarations, on apprend petit à petit les éléments de son plan qu’il distille. En expliquant par exemple qu’il voudrait renégocier le taux des prêts du FMI, qui sont au-dessus de ceux du marché, après avoir aussi rencontré Poul Thomsen, son représentant pour l’Europe. Il réserve, a-t-il promis, des derniers détails qui auront leur importance pour la prochaine réunion de l’Eurogroupe mercredi prochain, la première à laquelle il assistera.

Alexis Tsipras a joué au même jeu en proposant à Bruxelles de préparer un plan de réformes et de financement sur quatre ans, qui comprendrait un plan de lutte « radical » contre la corruption et la fraude fiscale, ainsi qu’un allègement des contraintes budgétaires qui pèsent sur la Grèce. Ne créant pas la surprise, François Hollande est apparu en retrait de Matteo Renzi après avoir rencontré Alexis Tsipras à Paris. Spécialiste des prudents petits pas qui ne donnent pas grand-chose, il n’était pas l’homme de la situation. Cela a en tout cas permis à Angela Merkel d’affirmer qu’il n’y avait pas “de divergences de fond” entre les États de l’Union européenne à propos de la Grèce, ce qui laisse tout de même la place à des différences de vue.

À la suite de la rencontre de Yanis Varoufakis avec Mario Draghi, la BCE a dans un communiqué pressé la Grèce de négocier « rapidement et de manière constructive » avec l’Eurogroupe. Mais elle a ensuite immédiatement décidé de ne plus accepter comme collatéral les titres de la dette grecque, ne laissant plus que l’aide de liquidité d’urgence (ELA) aux banques grecques pour se financer. Le gouvernement grec, quant à lui, ne va plus disposer des moyens de se financer jusqu’à la fin juin comme il le cherchait, ses émissions de bons du Trésor en échange desquels il pouvait obtenir des liquidités de la BCE étant limitées à 3,5 milliards d’euros.

L’offensive visant a étrangler financièrement le gouvernement grec a commencé. Wolfgang Schäuble pourra demain à Berlin réaffirmer à Yanis Varoufakis qu’il n’a pas d’autre issue que de conclure les négociations avec la Troïka. L’épreuve de force va s’engager.