LE CAPITALISME N’A PAS LES MOYENS DE CE QU’IL PORTE EN LUI, par François Leclerc

Billet invité.

La nouvelle année est à la fois propice au bilan et à la prospective, cette figure imposée, ce marronnier comme disent les journalistes. Avec comme danger de garder le nez sur l’obstacle le plus proche, sur la dernière crise en date, obnubilé par les manifestations particulières qui s’égrènent de la crise globale qui se poursuit, oubliant ce qui les relie et occultant ses remèdes.

Huit ans après, les raisons profondes de la crise financière font toujours leur effet et ne sont même plus recherchées. Il n’est plus prioritaire d’achever une régulation sur laquelle on revient même, car une page est tournée. Seuls les esprits les plus éclairés en sont vainement à s’interroger : « comment peut-on mesurer la robustesse – ou la faiblesse – d’un système financier qui se dérobe, quels nouveaux scénarios de stress tests devraient être adoptés et qui devrait y être soumis ? ». Où le diable se cache-t-il aujourd’hui, qui va immanquablement nous surprendre ?, pourraient-ils ajouter dans cette même veine.

Le Conseil de stabilité financière (FSB) a l’année dernière ajouté avec parcimonie une pincée de compagnies d’assurance à sa liste des établissement systémiques, tout en allongeant la durée des consultations avant de décider ce qui leur sera demandé. Mais, comme le financement de la relance est attendu du shadow banking, les banques n’étant plus ce qu’elles étaient, il faut donc le ménager. La cause est entendue, le système financier a gagné la première manche et ceux qui pensaient possible qu’il se réforme en sont pour leurs frais.

Ces dernières années, le monde de la finance a connu d’importantes mutations. Que l’on en juge : les dix plus grands gestionnaires de fonds représentent près d’un cinquième du total des actifs sous gestion. Et d’autres traits inquiétants se sont accentués ou bien sont de retour. La croissance des fonds indiciels accentue un comportement grégaire qui exacerbe les tendances sur les marchés financiers, et les produits dérivés obscurs reprennent du poil de la bête afin de trouver du rendement. Chapeautant le tout, il n’y a jamais eu autant de liquidités sur le marché, mais les actifs sont de moins en moins liquides, c’est-à-dire aisément négociables, témoignant d’une rigidité de mauvaise augure si l’on en croit les précédents. Tandis que le blocage de toute réforme monétaire favorise des mouvements de capitaux massifs et brutaux, et que les analystes s’interrogent sur la capacité des marchés à absorber une hausse des taux qui finira par intervenir aux États-Unis, puis partout par contagion.

L’espoir mis dans le retour de la croissance est dérisoire, d’autant qu’il justifie la poursuite de la détérioration de la planète et l’abandon de la régulation financière. Sous assistance persistante des banques centrales, le système financier continue à imploser et à faire des dégâts environnementaux et sociaux. De machine à produire de la dette pour augmenter la rente, il est principalement devenu une machine à fabriquer de l’inégalité. La robotisation du travail introduisant la réduction du nombre des producteurs, où seront demain sous ces effets conjugués les consommateurs dont il a besoin ? Le capitalisme n’a pas les moyens de résoudre l’équation qu’il pose.

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