Tests de la BCE : AVEC PLUSIEURS TRAINS DE RETARD ! par François Leclerc

Billet invité.

Vingt-cinq banques ont échoué à l’examen de la BCE, mais seules treize d’entre elles ont été recalées, les douze autres ayant depuis revu leur copie et renforcé leurs fonds propres, car l’exercice reposait sur des arrêtés des comptes au 31 décembre 2013. Les banques italiennes payent un lourd tribu mais toutes les autres, sur les cent trente inspectées, en sortent blanchies. Pour une fois que l’occasion en est donnée, des chants de victoire sont immédiatement entonnés, mais qu’est ce que cela va changer ? Pas grand chose.

Sans doute la BCE s’est-elle désormais fait une idée plus construite de la situation effective du système bancaire, mais celle-ci coïncide-t-elle réellement avec la version rendue publique d’un examen visant à rétablir la confiance en y mettant cette fois les formes ? Il obéit toujours à des impératifs politiques et continue de ne pas infliger aux banques de trop lourdes obligations de renforcement de leurs fonds propres. Avec toujours ce même prétexte : il ne faut pas assommer son sauveur !

Sans vouloir pinailler, on est également fondé à s’interroger sur la qualité d’un exercice aussi imposant mené en si peu de temps (50% des actifs bancaires auraient été audités), pour lequel il a fallu improviser des méthodologies. On se rappellera à ce propos qu’Andrew Haldane, directeur du risque de la Banque d’Angleterre, avait étonné son monde lors de la réunion des banques centrales de Jackson Hole de l’été 2013 en déclarant à propos des produits structurés – dont les mégabanques sont gavées – que le calcul de leur valeur était chose impossible et qu’il ne fallait pas tenir compte des valeurs pondérées des actifs pour fixer les ratios de fond propres !

Plus triste encore à reconnaître, une constatation s’impose. L’exercice a quelques années de retard, autant de temps qui a été perdu et sur lequel on ne reviendra pas. Il aurait fallu agir dès le départ et nettoyer les bilans bancaires de leurs miasmes, mais cela a été éludé avec les conséquences que l’on a vues. Entretemps, le problème s’est déplacé pour se reporter au sein d’un shadow banking qui n’arrête pas d’enfler : l’économie étant moins que jamais susceptible de dégager les revenus nécessaires à l’équilibre financier, il faut impérativement les trouver ailleurs en développant l’« appétit au risque » et en réclamant de la morphine monétaire pour le satisfaire. Mais la BCE n’a pas les moyens de faire subir aux acteurs du shadow banking le traitement qu’elle s’est finalement résolue à infliger aux banques. L’approche par structure adoptée pour la régulation rencontre ses limites, alors qu’il aurait fallu en suivre une autre, par produit et pour interdire ceux qui sont néfastes, ainsi plus généralement qu’une spéculation que l’on peut définir comme étant tout pari sur l’évolution des prix.

La BCE aura tout essayé pour tenter de relancer l’économie. Ses derniers programmes – le TLRO, l’essai en cours de réactivation de la titrisation et les rachats de « covered bonds » (obligations sécurisées) – n’ont pas suscité de signal particulièrement favorable. Que lui reste-t-il en magasin ? Acheter des titres obligataires de grandes entreprises afin de diminuer le coût de l’investissement avec comme objectif de l’accroître, et de relancer par ricochet l’activité des PME, pourrait être à son tour tenté, mais les volumes financiers correspondants sont limités en regard du gonflement du bilan de la BCE qui est recherché. La solution est connue, mais elle n’est pas praticable : il s’agirait d’acheter massivement des titres publics, ce qui reviendrait à neutraliser la dette en attendant des jours meilleurs, et de la rembourser ultérieurement dans un contexte de croissance favorable, si toutefois celui-ci intervient.

Cela serait un comble d’ailleurs que la BCE écarte maintenant les obstacles qui la retiennent d’emprunter cette voie, alors que la Fed s’achemine en sens contraire vers la fin de ses achats complémentaires d’actifs, se contentant de remplacer les titres venant à maturité, animée par la crainte que le lait bouille dans la casserole et en vienne à déborder !

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10 réflexions au sujet de « Tests de la BCE : AVEC PLUSIEURS TRAINS DE RETARD ! par François Leclerc »

  1. il s’agirait d’acheter massivement des titres publics, ce qui reviendrait à neutraliser la dette en attendant des jours meilleurs, et de la rembourser ultérieurement dans un contexte de croissance favorable, si toutefois celui-ci intervient.

    Ce serait un moyen de relancer la machine pour un tour, mais la question est : Ou va donc tout cet argent?

    Il ne sert pas (ou très peu) « l’économie réelle » qu’il ne fait que rapidement traverser, puisque happé par les gros rentiers/banquiers.
    La logique veut qu’il finisse donc par s’entasser toujours dans les mêmes poches, qui peuvent l’utiliser pour accumuler du capital physique (des ressources), indispensables aux autres, ce qui en garanti la valeur.(ex: l’immobilier parisien…)
    Et à la fin de la « partie », ceux la posséderont la Terre entière.

    Tout cet argent pourrait alors retourner dans l’économie réelle, mais ne vaudra plus rien, puisque plus rien ne sera à vendre. (si ce n’est le peu de travail nécessaire aux satisfactions des mégas riches)

    Dans les phases intermédiaires, avant d’en arriver là, se forment des bulles, toujours plus grosses qui finissent fatalement par éclater, jusqu’à la dernière qui elle n’éclatera pas… dès lors que les méga riches auront tout acheté, et disposeront de suffisamment de liquidités,
    puisqu’elles ne cesseront de leur parvenir, du fait de la création monétaire nécessaire aux plans de relances de nos infatigables experts,
    pour payer la valeur de quelques bols de riz, en échange des services que des travailleurs humains devront encore leur fournir.

    Et si on ne veut pas en arriver là, quelle solution à part remettre le pouvoir économique (autrement dit la propriété des ressources, ou encore du grand capital) au service de la collectivité?

  2. Bonsoir Mr Leclerc

    Passionnant commentaire..! Mais c’est ici que mon seul bon sens ne me suffit plus à éclairer ma lanterne, et me conduit à poser naïvement une question, en me préparant à recevoir votre réponse comme une vérité car que je ne suis pas expert en économie :

    Ces stress-tests sont-ils pratiqués sur des bases fiables et transparentes?
    Ou bien ne servent-il une fois bricolés pour avoir meilleure mine, qu’ à rassurer les marchés
    (ce qui n’a pas l’air d’être efficace!)?
    Ou à tromper la population sur la santé réelle de nos chères institutions bancaires ?
    A moins que ce soit un peu la méthode Coué pour que leurs dirigeants aient moins peur de l’avenir et puissent se consacrer à poursuivre leurs méfaits, tout en accroissant leurs liquidités.
    Ou bien serait-ce tout à la fois…?
    Le niveau de stress que les banques s’auto-appliquent ( à travers la BCE, s’entend!) est-t-il proportionnel à la différence abyssale qui sépare la rémunération de leurs dirigeants de celle de certains de leurs clients dirigeant de TPE ou artisans à qui il refusent un crédit destiné à investir, pour insuffisance de trésorerie?
    Pour côtoyer quotidiennement ces clients là et le stress (c’est peu dire) qu’ils encaissent actuellement, je subodore que de vrai stress-test des banques conduirait à ce leurs dirigeants se jettent séance tenante par la fenêtre de leur bureau!
    Quant au Shadow-banking…Ne serait-ce pas tout simplement le moyen pour chaque banque de créer son propre paradis fiscal virtuel parallèlement à ses bilans réels, eux calamiteux? Du travail au noir, ou de la « perruque » en quelques sorte, comme on dit dans le bâtiment ou ailleurs, mais à l’échelle industrielle!
    Grand dieu! j’avais parlé d’une seule question, excusez-moi!
    Rassurez-moi…Dites moi que je me trompe, car enfin je ne peux avoir raison, puisque je ne connais rigoureusement rien à la Science Economique!
    Merci pour votre patience.Cordialement, Eric.

  3. Le ratio de fonds propres des grosses banques étaient si faibles en 2012 qu’on ne peut qu’être étonné par ce satisfecit des banques européennes:
    Source: d’après bloomberg et rénovez maintenant 67 http://www.renovezmaintenant67.eu/index.php?post/2012/11/03/Les-plus-grandes-banques-syst%C3%A9miques-du-monde-en-faillite-technique-en-2012%3A-Deutsche-Bank%2C-BNP-Paribas%2C-Cr%C3%A9dit-Agricole%2C-Soci%C3%A9t%C3%A9-G%C3%A9n%C3%A9rale
    On peut voir le tableau sur
    http://environnement.geopolitique.over-blog.fr/article-bilan-des-banques-103292822.html
    On notera en particulier les très bas ratios pour Deutsche Bank, Crédit agricole, société générale,BNP paribas, Crédit suisse, Commerzbank, Barclays…

  4. Cela se décantera si seulement et seulement si un des blocs décide de ne plus jouer les regles de ce systeme .
    Mais plutot que faire un jubilé sur les dettes les usa , l’europe et la chine jouent « à qui perd gagne » une course de lenteur ou chacun attend que l’autre s’écroule pour devenir the last stand man le dermier homme debout (comme on dit au catch, jeu truqué soit dit en passant)…
    Il n’y a qu’une façon que le capitalisme connaisse pour une remise à plat : une guerre mondiale car la puissance économique d’une façon ou d’une autre est toujours garantie in fine par la puissance militaire .

  5. Les injections de liquidités favorisent les bulles, il devrait y avoir un mécanisme de régulation de l’argent « gratuit » avec obligation de la transfuser dans l’économie réelle.
    En consolation, on peut toujours citer l’avantage au niveau des emprunteurs qui peuvent financer leurs biens à des taux historiquement bas, même la conso. C’est toujours un peu de pouvoir d’achat gagné, puisqu’il s’agit du concept référent.

  6. Le lien d’origine ne fonctionnant plus vers le financial times deutscland dans l’article du blog je renvoie à un article d’O.Berruyer dans Les Crises qui s’interroge sur les banques systémiques.

    On ne peut que s’étonner alors du satisfecit de la BCE sur les stress tests des banques lequel semble plus relever de la méthode Coué que d’une analyse sérieuse des risques réels et de leur non indépendance stochastique.
    Dans le même ordre d’idée, on trouve la régulation libérale du marché de Tirole.

  7. La vraie devise de la finance n’est-elle pas, toujours plus haut ?

    Et bien les arbres (produits structurés, THF, manipulation généralisée des prix, etc.) sont montés aux cieux et le mistigri financier se retrouve coincé tout en haut, miaulant à en fendre l’âme, les griffes plantées désespérément dans l’écorce d’arbres prêts à s’effondrer à tout moment.
    J’hésite. Quel est le trait le plus marquant de notre espèce : notre avidité ou notre stupidité ? Bien entendu, se sont les deux faces d’une seule et même pièce…
    Bref, si des extra-terrestres cherchent des preuves que la vie intelligente existe dans l’univers, qu’ils ne perdent pas de temps à scanner et déchiffrer nos signaux électromagnétiques.

    La réponse à leur question est ‘oui’, mais certainement pas sur cette planète !

  8. En fait, nos infatigables « experts » de « leur » économie libérale capitaliste, refusent juste de considérer quelques détails : Le système, comme tout système, a des limites.

    On les comprends: admettre ces limites et constater qu’elles sont atteintes,
    pour ne pas dire largement dépassées,
    c’est reconnaître que leur système ne peut plus fonctionner.

    Et ça, ça leur est inacceptable, car ils n’ont pas de système de rechange.
    Non pas qu’il soit impossible d’en concevoir et mettre en place un autre,
    mais que deviendraient ils, eux?

    De plus leurs maîtres risqueraient fort d’y perdre les privilèges, liés à leur fortune,
    dont il n’est pas certain qu’ils soient reconnus dans un autre système.

    Et donc, ils s’accrochent, espérant désespérément trouver une issue de secours,
    alors que le plafond va leur tomber sur la tête…
    En attendant, la planète entière souffre.

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