AU SURLENDEMAIN D’UNE BRUTALE SECOUSSE INEXPLIQUÉE, par François Leclerc

Billet invité.

Qu’est-ce qui a bien pu se passer avant-hier, pour que les principaux indicateurs de l’activité financière, indices boursiers et taux obligataires, parité des grandes devises et cours des matières premières, connaissent une telle soudaine fébrilité les deux jours précédents avant que tout rendre plus ou moins dans l’ordre ? Revoyant le fil des événements de cette journée, ils ont bien noté les mauvaises nouvelles américaines ou grecques, ainsi que la pression déflationniste européenne qui s’accentue, mais est-ce bien de cela qu’il s’agissait ? Ces mauvaises nouvelles tranchaient-elles tant avec celles des journées précédentes, s’interrogent les plus perspicaces, les autres ayant abandonné depuis longtemps toute velléité de compréhension et s’en tenant à l’air du temps ?

Le pressentiment qui parfois affleurait serait-il devenu réalité ? Une nouvelle crise financière aiguë était inévitable, venue d’on ne sait où et on ne sait quand, assisterions-nous en Europe – point de plus grand faiblesse – à une secousse annonciatrice ? Ou n’est-ce qu’un épisode véniel, assimilable à un chahut, les contre-feu désormais en place ou adoptés et les pertes sur le marché des actions vite effacées, de forts écarts néanmoins réapparus sur le marché de la dette souveraine ? Comme d’habitude, les avis divergent et renvoient à une simple évidence : on ne sait pas ! Dans le meilleur des cas, il est analysé que les compteurs des marchés boursiers ont été remis à zéro, juste correction des exubérances passées, qui étaient ces temps derniers largement dénoncées. Risquons une explication : craignant pour leurs liquidités, protestant aux États-Unis contre la fermeture de leur robinet ou en Europe à propos de leur trop faible débit, les marchés ont accentué leur pression afin d’obtenir satisfaction.

Des faits devraient pourtant mettre la puce à l’oreille. À commencer par cette langueur économique qui semble ne pas avoir de fin et qui est promise à durer, comme si un ressort était cassé, mais lequel ? Et tout aussi impressionnant, par contraste, un autre ressort ne l’est assurément pas : celui des résultats engrangés par les grands acteurs du monde financier (hier ceux de Goldman Sachs). Et, surtout, ce volume des actifs financiers qui continue d’enfler, à la mesure des masses de capitaux qui circulent et des liquidités des banques centrales qui ne cessent d’être d’une manière ou d’une autre déversées. On attendait l’hyper-inflation, on assiste à la poursuite de la déstabilisation d’un monde financier dont l’écart avec le produit de l’activité économique sur lequel il repose en dernière instance est croissant, accentuant sa fragilité.

Le mal ne serait peut-être pas là où il est attendu, comme il arrive souvent. Les mesures de régulation adoptées ne sont que des mesures de prévention contre la répétition d’une crise qui ne va pas emprunter les mêmes chemins. Faible consolation que de le savoir ! Plus que jamais, les mouvements brusques enregistrés sur les marchés font la pluie et le beau temps et, plus qu’hier, les régulateurs et les banques centrales sont condamnées à regarder passer les trains. La concentration des actifs dans un nombre plus réduit d’établissements financiers de toutes natures – banques, compagnies d’assurance, fonds monétaires et fonds d’investissement divers et variés, dont une bonne part appartenant au shadow banking – rendent encore plus redoutables les arbitrages financiers massifs lorsqu’ils interviennent sans crier gare, tels la charge d’un troupeau aveugle qui détruit tout sur son passage.

Comment réagir ? Solitaire, une voix s’est élevée aux États-Unis. Celle de James Bullard – un membre de la Fed connu pour ses positions en faveur de l’arrêt des mesures d’assouplissement quantitatif – et qui propose soudainement le contraire en préconisant de ne pas stopper comme prévu les achats de titres de la Fed. Une volte-face qui pourrait se révéler ne pas être isolée parmi ses dirigeants, et qui ne témoigne pas seulement d’une grande inquiétude devant l’approfondissement de la crise dans sa version européenne, mais aussi de la compréhension de ce que réclament les marchés et qu’il faut satisfaire. Le plus crument possible, également, elle exprime le dénuement dans lequel se trouvent ceux qui sont aux avant-postes – les responsables des banques centrales – qui n’ont d’autre ressource que de tenter de combattre le mal en l’approfondissant, d’accroître encore la masse des liquidités afin d’étancher la soif insatiable du système financier dans l’espoir de l’assouvir.

A suivre.

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