COMPTE À REBOURS DU SOMMET DES 23 ET 24 OCTOBRE, par François Leclerc

Billet invité.

Jour après jour, les nouvelles tombent et vont dans le même sens :, celui de la détérioration de la situation en Europe. Selon l’Office fédéral de statistiques, la production industrielle allemande enregistre une chute de 5,7% en août, et il est difficile de la résumer au contrecoup de la forte progression de juillet dernier afin de ne pas y voir un signe de faiblesse n’ayant rien de conjoncturel. La croissance s’était déjà contractée en Allemagne au second trimestre, va-t-il en être de même au troisième, ce qui signifierait techniquement une récession ? La baisse enregistrée est principalement à attribuer aux exportations, en premier lieu en-dehors de la zone euro (là où sont placés tous les espoirs), mais le ralentissement des exportations est général, au sein de la zone comme vers les pays de l’Est européen et les pays émergents. Le modèle du salut par l’exportation n’en sort pas confirmé.

Pour la zone euro, les prévisions d’inflation à cinq ans continuent de diminuer, tandis que celles à deux ans le font encore plus fortement. Elles s’établissent à 1,094% aujourd’hui, pour un objectif d’inflation de la BCE « proche de 2% », rappelons-le. L’Istat, l’institut italien de statistiques, ne décèle aucune amélioration à ce sujet à l’horizon qui est le sien. Il prévoit par ailleurs une progression du PIB de la zone euro de 0,2% aussi bien au 3ème que 4ème trimestre, et de 0,3% au premier trimestre de l’année prochaine (et il s’agit de moyennes !). Cette très faible croissance profiterait avant tout de l’effet d’entrainement des nouvelles liquidités déversées par la BCE, selon l’institut.

Un concours est lancé : quel sera le dernier acte de la Commission Barroso, qui va devoir décider du sort de prévisions budgétaires françaises et italiennes qui contreviennnt aux règles ? A moins que le dossier ne soit tout simplement refilé à la nouvelle Commission présidée par Jean-Claude Juncker, qui doit prendre ses fonctions au 1er novembre ? Déjà, des voix s’élèvent pour déplorer la mansuétude qui s’annoncerait, et qu’il soit décidé de faire deux poids, deux mesures, au vu de ce qui a été infligé aux « petits pays » européens et dont les autres seraient prémunis.

Les deux cas de la France et de l’Italie sont cependant à dissocier, la première ne respectant pas le seuil du maximum de 3% du PIB de déficit budgétaire, et l’Italie n’étant pas sous une procédure pour déficit excessif mais contrevenant à la règle de diminution progressive sur 20 ans de l’endettement. Mais la Commission pourra difficilement faire moins que de rejeter les projets de budget qui lui seront soumis au plus tard le 15 octobre : il n’y a pas de « circonstances exceptionnelles » dérogatoires possible, faute de récession enregistrée, et les budgets seront probablement renvoyés pour révision.

Si cela se confirmait, la nouvelle Commission étant en place, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung évoque la volonté de son président de ne pas suivre la procédure formelle – permettant d’infliger des amendes – mais de trouver des contreparties sous forme de concessions à propos de son projet de programme d’investissement sur lequel il a assis sa candidature. C’est tout du moins la voie que les dirigeants français l’espèrent voir suivre, ce qui ne les dispensera pas, ainsi que les Italiens, à passer de nouveaux coups de rabot au modèle social, bien qu’ils lui proclament leur attachement indéfectible.

Jusqu’à quand sera-t-il possible de sauver les apparences et de gagner un temps de plus en plus compté ?

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