Espirito Santo : DES DESSOUS PAS AFFRIOLANTS, par François Leclerc

Billet invité.

Où sont passés les 3,5 milliards d’euros prêtés en catastrophe à la BES avant son sauvetage par la Banque du Portugal (BdP) ? Tous les mystères relatifs à cet engagement de fonds publics soigneusement masqué et qui vient d’être révélé ne sont pas encore éclaircis.

Non sans imprécisions, faute d’une information officielle, les journaux économiques portugais dévoilent aujourd’hui de nouveaux épisodes du sauvetage de la BES. On a ainsi appris que la BCE avait le 1er août dernier cessé d’accepter la BES au titre de contrepartie, la coupant de tout financement et l’obligeant à rembourser à l’Eurosystème 10 milliards d’euros le 4 août au plus tard. Puis que la BdP avait auparavant utilisé la procédure des aides d’urgence (ELA) pour prêter à la BES – après accord obligatoire de la BCE – 3,5 milliards d’euros à échéance du 1er août, afin de lui permettre de faire face à une crise aiguë de liquidités, en raison de retraits massifs des dépôts soigneusement tus. À noter que nous étions alors à quelque jours de l’effondrement de la BES et de sa restructuration, décidée le 3 août mais en préparation depuis plusieurs jours, et que cette procédure réclame formellement que la banque bénéficiaire soit solvable…

Mais on ne sait pas si ce prêt d’urgence a été remboursé, les opérations de la BES ayant été interrompues le 4 août, ou s’il figure toujours en tant qu’engagement au bilan de l’une des deux structures, la mauvaise ou la bonne banque après transfert (Novo Banco). La BdP, qui est garante au nom de l’État de ce prêt, n’a pas jusqu’à maintenant répondu aux sollicitations.

Cette interrogation n’est pas sans portée, car la mission d’audit confiée par la BdP à PriceWaterhouseCoopers, afin de valoriser Novo Banco ne pourra de toute évidence pas être menée à bien tant que son périmètre ne sera pas clairement délimité. La question épineuse à venir sera de savoir si la vente de Novo Banco pourra, quand elle interviendra, rapporter plus que les 4,9 milliards d’euros de sa capitalisation. Les premières estimations des analystes financiers portugais ne vont pas en ce sens.

Dernier enjeu, tous les dessous du capitalisme de connivence sont loin d’avoir été encore été dévoilés au cours de ce feuilleton qui n’est pas fini. Les bouches de ceux qui connaissent sa musique vont-elles enfin commencer à s’ouvrir ou bien rester fermées ? Afin de couper court, il va être tentant de tenir pour seul responsable Ricardo Salgado, le chef de la famille Espirito Santo.

P.S. de Paul Jorion : Si l’argent prêté par la Banque du Portugal a été créé ex nihilo dans le cadre du programme ELA (Emergency Liquidity Assistance), il se retrouvera de toute manière dans la comptabilité du système Target2 de la zone euro, allant se placer sous forme de dette en « monnaie de singe » (parce qu’équivalente à un trou financier plutôt qu’à une richesse nouvellement créée) envers diverses banques et ira grossir la dette du Portugal envers les pays auxquels appartiennent ces banques. Ce qui veut dire que les 3,5 milliards d’euros créés de toute pièce, qu’ils soient « perdus » ou encore « localisables », sont allés s’ajouter à l’ardoise collective de la zone euro.

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