ALLEMANDS, FRANÇAIS ET ITALIENS FILENT UN MAUVAIS COTON, par François Leclerc

Billet invité.

Exit la Grèce, le Portugal, l’Irlande et l’Espagne, abonnés de la rubrique des désastres et des plans de sauvetage improvisés et relégués en fond de scène, les grands de l’Europe préparent leur entrée sur le plateau et ce ne sera pas sous les acclamations !

L’Allemagne n’est plus le havre de prospérité qu’elle était, chargée d’entraîner derrière elle la zone euro, et pourrait connaître une contraction de son PIB, avant même que ne se fassent pleinement sentir les effets de la crise ukrainienne qui vont particulièrement la toucher. La production industrielle, dont les chiffres restent le premier indicateur de la santé du pays, a diminuée et n’a connu depuis qu’un faible rebond. Les exportations restent de loin le principal moteur de la croissance, exprimant la fragilité de son économie dans une zone euro connaissant une forte poussée déflationniste, en l’absence de relais dans les pays émergés.

François Hollande a reconnu « un vrai risque déflationniste » et son ministre des finances, Michel Sapin, a lâché que « si l’on est au-dessus de 0,5% de croissance à la fin de l’année, ce sera déjà bien » (propos que ses services ont ensuite démenti). Manuel Valls, le premier ministre, a commenté ce risque en soulignant que « au niveau européen, la croissance et l’inflation sont en retrait par rapport à ce que nous pouvions attendre ». La croissance, en effet, n’est nulle part au rendez-vous comme tant attendu, surtout en Italie où le PIB continue de décroître, entraînant à nouveau le pays dans la récession, pour la troisième fois depuis 2007. Dans ce contexte, le président de la BCE Mario Draghi n’a pu que convenir d’un « ralentissement dans la dynamique de croissance », pour ne pas employer les mots qui fâchent, tout en maintenant pour la forme mais sans le fonder que « les pays qui mènent des réformes structurelles s’en sortent mieux ». En attendant de le voir plus tard démontré, L’Ifo en Allemagne, l’Insee en France et l’Itsat en Italie prévoient une croissance de l’ordre de 1% pour la zone euro en moyenne en 2014, la contribution du commerce extérieur restant faible.

Le sacro-saint seuil des 3% maximum du PIB du déficit budgétaire n’a pas fini de faire parler de lui : la France ne parvient toujours pas à l’atteindre et l’Italie pourrait vite le franchir, la première dans la descente et la seconde dans la montée. Dans les deux cas, il va falloir négocier ferme à Bruxelles ! Tous les espoirs sont permis, afin de le faire dans les moins mauvaises conditions, comme l’a expliqué François Hollande : « beaucoup va dépendre du niveau de l’euro qui a baissé ces derniers jours, mais encore trop peu. La Bundesbank est consciente du problème, comme le montre son souhait de voir les salaires augmenter en Allemagne de 3%. Quant à la Banque centrale européenne, elle doit prendre toutes les mesures nécessaires pour injecter des liquidités dans l’économie. Je sais qu’elle y réfléchit », assure-t-il en poursuivant qu’il attend de l’Allemagne « un soutien plus ferme à la croissance ».

Plus réaliste, le porte-parole du parti socialiste, Olivier Faure, prépare le terrain en réclamant que les frais des interventions militaires françaises ne soient pas pris en compte dans le calcul du déficit, cela sera toujours cela et en dit long sur l’optimisme ambiant. Côté italien, Matteo Renzi en reste aux pétitions de principe en affirmant qu’il ne crèvera pas le plafond des 3% de déficit fin 2014, sans annoncer les mesures qui lui permettront d’y parvenir, nouvelles recettes ou coupes budgétaires. Aide-toi, le ciel t’aidera !

Au ciel précisément se trouve la BCE, objet de tous les secrets espoirs, surtout lorsqu’ils ne sont pas affichés. Ce Deus ex machina dont le Financial Times appelle à corps et à cri l’intervention dans ses éditoriaux, afin que la zone euro n’entraîne pas le Royaume-Uni. Mais la Bundesbank a pris les devants et étonné son monde en préconisant une hausse des salaires en Allemagne afin de doper son marché intérieur, donnant par là même le signal qu’elle n’est pas prête à y souscrire. La situation réclamerait un tournant dont les conditions ne sont pas remplies, l’expérience de ces dernières années ayant amplement démontré que c’est le nez sur le mur que les dirigeants européens se décidaient à réagir. D’ici là, les trois premières puissances économiques de la zone euro vont ressembler à ces pistards rivalisant de surplace sur leurs vélos sans roue libre pour ne pas se lancer en premier.

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