FAUX DÉBAT A PROPOS DE LA POLITIQUE DE LA BCE, par François Leclerc

Billet invité.

Le débat à propos de l’achat de titres obligataires par la BCE se poursuit, sans que celle-ci ne donne actuellement signe de s’y engager, en dépit de rumeurs persistantes l’annonçant pour plus tard. Il s’inscrit dans le contexte d’avis opposés délivrés par le FMI et la Banque des règlements internationaux (BRI) sur les dangers comparés de la déflation et de la création de bulles d’actifs, et sur la politique que les banques centrales doivent en conséquence mener. Le premier, comme vient de le rappeler Christine Lagarde à propos de l’Europe, met en garde car « une inflation obstinément basse peut gravement nuire à la croissance » et « alourdir le poids de la dette. » La seconde minore les conséquences de la déflation et développe un point de vue restrictif sur la poursuite des opérations d’assouplissement quantitatif (achats de titres obligataires) en cours de la Fed, sur laquelle celle-ci laisse prévoir son arrêt à l’automne, ainsi que sur sa politique de taux proche de zéro.

Toujours inspiré par la crainte d’une bulle immobilière en Allemagne, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, a sur cette question une opinion arrêtée dont il ne démord pas : appelant la BCE a intervenir, il a déclaré « Nous ne pouvons pas abandonner aux seuls régulateurs des États la tâche d’éviter les bulles. Les banques centrales doivent avoir cela en tête dans leurs décisions sur la masse monétaire ». Pour répliquer à ceux qui demandent une intervention destinée à affaiblir l’euro par rapport au dollar, il rétorque : « Je ne fais aucun cas des discussions politiques sur le taux de change, il est fixé par le marché. Quand la politique s’en mêle, cela ne donne jamais de bons résultats. »

Les éditoriaux du Financial Times expriment le point de vue de la City. Le journal de ce matin préconise tout au contraire « une large expansion de son bilan » devant la « dangereuse combinaison d’un fort endettement, d’une faible croissance et inflation », considérant ses conséquences sur un chômage destiné à rester élevé « pour de nombreuses années ». Du côté du gouvernement français, dont plusieurs membres s’étaient fait la spécialité de réclamer une intervention destinée à affaiblir l’euro pour favoriser les exportations, le silence est devenu de rigueur. L’évolution de la politique européenne dépend désormais du résultat d’une stratégie d’influence bruxelloise aux ambitions très limitées.

La particularité de ce débat est qu’aucune des options débattues n’offre de solution. Le danger de la constitution d’une nouvelle bulle d’actifs financiers n’est pas à démontrer et une relance de l’économie résultant d’une augmentation de la masse monétaire est peu crédible dans un contexte marqué par la « dévaluation interne » et la faiblesse de la demande qui en résulte. Le préconiser revient à escamoter le débat sur le cœur du problème : celui du désendettement des États, son rythme et la manière d’y parvenir. Or ce débat est obstinément clos.

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