Espirito Santo : DERNIERS TOURS DE CHAUFFE, par François Leclerc

Billet invité.

Rien n’y fait, ni un changement de direction dans la précipitation, ni la prolongation de l’interdiction des ventes à découvert : le titre de Banco Espirito Santo (BES) continue de plonger à la bourse de Lisbonne, à se demander s’il va s’arrêter. La famille qui dirige le groupe ne semble pas avoir pris la mesure de l’urgence, à moins que la mise au point d’un plan de restructuration demande un temps qui n’est pas disponible. Seule avancée dans ce domaine, l’une des holdings du groupe, Rioforte, a demandé l’équivalent de son redressement judiciaire auprès des autorités luxembourgeoises, afin d’être prémunie de toute action de ses créanciers et de préparer son plan de restructuration. Elle devait rembourser mardi un emprunt de 847 millions d’euros, dont l’échéance a été reportée par Portugal Telecom, son créancier. Un défaut aurait précipité l’écroulement du groupe qu’il s’agit d’ordonner.

Il est question de présenter un plan de restructuration à l’assemblée générale d’une autre holding, Espirito Santo International, mais celle-ci est prévue le 29 juillet prochain, autant dire l’éternité dans une telle situation. D’autant que le groupe n’a pas seulement perdu le contrôle de BES après la démission de la présidence de son patriarche et l’entrée en fonction d’une nouvelle direction nommée par la Banque du Portugal : ses 20,1% résiduels du capital de la banque ne sont plus disponibles, ayant été déjà apportés en garantie d’un emprunt d’Espirito Santo Financial Group, encore une autre holding dans ce groupe qui n’en manque pas. Or sa participation dans la BES était le meilleur actif négociable du groupe.

Après avoir longtemps regardé dans une autre direction pour ne pas intervenir malgré une agonie qui s’éternisait, la stratégie des autorités portugaises a consisté à abandonner la famille Espirito Santo et récupérer le contrôle de la banque en la protégeant de l’effondrement du groupe et de son démantèlement. Les événements la contrarient, la BES étant de plus en plus affaiblie et vulnérable. Il était possible dans un premier temps de refuser toute perspective d’une intervention financière de l’État à son profit, cela pourra-t-il être tenu ? Un signal doit être donné pour calmer le jeu et ceux qui l’ont été jusqu’à présent n’ont pas fonctionné, n’étant à la hauteur des exigences. A moins que l’annonce rapide d’un plan de restructuration crédible n’intervienne – qui suppose que l’opacité dans laquelle le groupe baigne soit dissipée – il va falloir tenter de reprendre la main pour stopper la chute boursière de BES. Le gouverneur de la Banque du Portugal s’y est essayé ce soir en déclarant que « si un capital additionnel était nécessaire, en raison de risques que nous ne ne constatons pas en ce moment, nous verrions sûrement des actionnaires intéressés à participer à une augmentation de capital ». Il y a peu de chances que cela soit suffisant, car le sort de la banque semble lié à celui du groupe dans l’esprit des investisseurs et les mots ne suffisent plus.

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