LE MAILLON FAIBLE PORTUGAIS CRAQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Un vent froid balaye soudainement l’Europe, les bourses européennes, à commencer par celle de Lisbonne, ont chuté en raison de la baisse des valeurs bancaires, et Wall Street en a enregistré le contrecoup. Le cours des valeurs refuge de toujours, l’or et l’argent, ont grimpé. Les convulsions d’un conglomérat portugais à la structure complexe, le groupe Espirito Santo en est à l’origine, nul n’étant en mesure d’apprécier son endettement et sa situation en raison d’engagements réciproques entre ses différentes structures, de l’opacité qui règne sur les comptes, ainsi que de valorisations de participations avantageuses qui ont déjà été identifiées en son sein. L’épilogue s’approche d’une crise qui s’éternisait depuis des mois, ponctuée par les révélations dans la presse de dissensions au sein du groupe dirigeant et de la dynastie Espirito Santo.

La cotation de la Banque portugaise Espirito Santo (BES) et de Espirito Santo Financial Groupe, son premier actionnaire, ont été suspendues et les ventes à découvert des titres des deux sociétés interdites. Une autre société, Espirito Santo International (ESI), qui est soupçonnée avoir été renflouée par les autres structures du groupe dans des conditions qui ne sont pas claires, n’a pas honoré ses échéances et serait le maillon faible. ESI, qui prépare une restructuration de sa dette dont le montant avoisinerait 7 milliards d’euros, détient 49% de Espirito Santo Financial Group (ESFG), lui-même premier actionnaire de la BES avec 25%. Portugal Telecom, dont ESI est actionnaire, est également son créancier et a vu son titre s’effondrer. La Banque du Portugal a ordonné un audit du groupe et multiplie les déclarations rassurantes, ce qui produit l’effet contraire à celui recherché.

Le taux de la dette portugaise s’est fortement tendu et la Grèce n’a pu réaliser intégralement une émission tandis que des émissions d’obligations convertibles contingentes étaient remises à plus tard en Espagne. Dès mercredi, Moody’s avait dégradé de trois crans la note de la dette à long terme d’ESFG, de B2 à Caa2, en raison de son exposition aux dettes d’ESI. La crainte d’un rebondissement de la crise européenne a rejailli. La succession rapide des événements de la journée a montré combien la situation restait instable, les vieux démons n’ayant pas mis longtemps à se réveiller, comme si les investisseurs s’attendaient à de nouveaux incidents et savaient ne pas pouvoir apprécier leur risque systémique.

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