AVEC LA NSA, VOUS AVEZ DIT ANONYME ? par François Leclerc

Billet invité

Selon le New York Times et Laura Poitras de l’équipe de Glenn Greenwald, en plus de tout ce qui a été déjà dévoilé, des millions de photos de personnes seraient interceptées tous les jours par la NSA dans le cadre d’une collecte mondiale de données qui n’est pas au profit des nécessiteux. L’objectif est d’y puiser celles dont les visages peuvent être déjà identifiés par des technologies de reconnaissance faciale progressant à grands pas. On apprendra sans doute bientôt que la reconnaissance vocale est également mise à profit afin d’aider à identifier les interlocuteurs de communications téléphoniques, faute de pouvoir recueillir leur signature ADN via Internet.

Toutes les occasions sont bonnes pour constituer cette collection de photos sans équivalent, depuis les réseaux sociaux et les mails jusqu’à l’accès forcé aux bases de données existantes. Somme toute, les réseaux de caméras de surveillance qui poussent comme des champignons dans les villes ne sont que la face visible – et déjà banalisée – de la société de surveillance qui monte en puissance. Porteur avec les « objets connectés » de toutes les espérances de business futurs, le Big Data a trouvé avec la NSA son maître avant même d’exister. Non pas pour monétiser, mais pour encadrer. Tel un délire mégalomane (mais raisonné), un fichier des visages des habitants de la planète est en cours de création, au prétexte mis à toutes les sauces de reconnaître les terroristes quand ils modifient leur apparence. On reconnait la patte des militaires américains qui ne craignent jamais de surdimensionner leurs moyens. À lui seul, le gigantisme des opérations de la NSA doit faire réfléchir et devrait aboutir à le mettre hors-la-loi.

Mais la quasi-inexistence de réactions gouvernementales fait à ce propos contraste, comme si les protestations initiales et non renouvelées n’étaient que de principe et qu’il n’était pas sérieusement recherché l’arrêt pur et simple des pratiques dévoilées par Edward Snowden. Comme si celles-ci faisaient partie de ces activités bénéficiant d’une sorte d’impunité, supposées inaccessibles aux interdictions, comme le sont dans leur domaine de nombreux instruments financiers. Comme si afficher d’être démuni était une commodité du pouvoir. Il est vrai qu’avec la peur, le sentiment d’impuissance partagé est son plus précieux auxiliaire.

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