LES MÉANDRES DE LA CRISE EUROPÉENNE, par François Leclerc

Billet invité.

Les velléités franco-italiennes d’assouplissement de la politique européenne de désendettement public et de ce qui l’accompagne ayant connu un coup d’arrêt, la concrétisation du plan A’ qui s’esquissait est remise sine die. L’engouement spéculatif des investisseurs pour la dette souveraine européenne, dont les taux procurent un excellent rendement, offre un répit de façade aux pays sortant de leur plan de sauvetage. Entrés en déflation, le coût réel de leur dette est supérieur au taux nominal, mais il peut y être faussement affecté un retour à la normalité. A cette différence près que celui-ci est accompagné de nouvelles mesures d’austérité, n’offrant aucune porte de sortie.

A l’échelle de la zone euro, l’équation reste toujours sans solution, le danger ayant seulement changé de terrain en quittant le marché obligataire et ses tensions pour s’exprimer sur celui de l’euro, qui s’apprécie, et de la poussée déflationniste, qui l’accentue. Présentée par la BCE comme provisoire pour justifier l’inaction actuelle, cette poussée renchérit le coût de la dette et contrecarre les efforts de désendettement. Tandis que les investisseurs font pression pour que la BCE s’engage dans une politique de création monétaire sous prétexte d’intervention sur le cours de l’euro.

Ce qui n’est pas sans rapport avec les difficultés que rencontrent les banques afin de se désendetter elles aussi, car elles ont besoin de liquidités à bas prix afin de les placer à des taux avantageux (sur le marché obligataire notamment) et se constituer ainsi des réserves destinées à absorber les pertes qui restent dissimulées. En créant en partenariat avec deux fonds d’investissement américains une bad bank destinée à accueillir plus de 130 milliards d’euros d’actifs, sans que l’on en connaisse les mécanismes financiers, les banques italiennes Unicredit et Intensa San Paolo mettent en évidence en ce début de semaine l’ampleur de ce qui reste à accomplir.

Le gouvernement français se lance à corps perdu dans un programme de 50 milliards d’euros d’économies sur trois ans, mais le compte n’y est pas. En raison des allégements d’impôts et de charges consentis, il ne permettra pas la réduction prévue du déficit public, la laissant reposer sur les effets d’un hypothétique choc de croissance. Un pari qui n’est pas gagné et qui devrait être épaulé par les tentatives d’une relance de la titrisation, pour laquelle il est mis les petits plats dans les grands à l’intention des investisseurs. Jusqu’à leur accorder une garantie publique afin de prendre en charge le risque des crédits sous-jacents. En première ligne, les banques émettrices garantiraient les investisseurs – ce qui est déjà nouveau – mais elles seraient elles-mêmes garanties par l’État, si ce schéma est entériné.

Quels méandres faut-il suivre pour inciter les marchés à accomplir leur office et pour que revienne la confiance ! Hors de celle que l’on peut avoir dans cet État si vilipendé par ailleurs, point de salut ! Est-ce pour cela qu’il est veillé avec tant d’attention à la bonne allocation de ses ressources déclinantes ?

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