NI LES BANQUES CENTRALES, NI LES GOUVERNEMENTS NE SAVENT CONCRÉTISER, par François Leclerc

Billet invité.

Les banques centrales sont toujours des bons baromètres, dit-on. Enfin presque, car elles n’avaient pas annoncé la crise en cours. Depuis, elles cherchent à se rattraper en ouvrant grand leur filet de sécurité et en élargissant leurs missions, dans l’attente que la machine veuille bien se remettre en marche. C’est sur la constatation qu’elles ne vont pas de sitôt pouvoir le relever que se fonde la remarque que le capitalisme financier est devenu assisté.

Quel temps annoncent-elles aujourd’hui, sinon le maintien des incertitudes ? La banque du Japon poursuit par ses émissions monétaires une nouvelle tentative de relance de l’inflation toujours aussi peu probante, car la timide sortie de la déflation qui est enregistrée repose sur l’augmentation du prix de l’énergie, qui résulte elle-même de l’importation de pétrole et de gaz (afin de suppléer à l’arrêt des centrales nucléaires). La Fed poursuit le freinage de ses émissions, afin de ne plus contribuer à la constitution d’une bulle financière sur le marché des actions, supprimant par là même tout obstacle à une montée des taux obligataires et l’alourdissement de la dette qui en résultera. La BCE cherche à limiter les effets conjugués de l’appréciation de l’euro et de la pression déflationniste qui s’accentue en tentant, faute de mieux, d’intimider verbalement les marchés, espérant ainsi la réédition du calme qu’elle a obtenu sur le marché obligataire.

Mais les menaces ne peuvent peser que si leur mise à exécution est crédible. Est-ce bien le cas ? Les interventions simultanées d’hier de Mario Draghi et de Jens Weidmann, respectivement présidents de la BCE et de la Bundesbank, vont-elles faire le poids ? Le premier a réaffirmé que la banque centrale n’hésiterait pas à agir si la menace de la déflation se concrétisait – tout en le réfutant – et le second qu’il n’était « pas exclu » qu’elle prenne des mesures d’assouplissement quantitatif (l’achat d’obligations souveraines ou de créances d’entreprises), en infléchissant sa position. Plus explicite, Jozef Makuch, le gouverneur de la banque de Slovénie, annonçait le même jour que la BCE préparait « de nouvelles mesures non conventionnelles ». Mais lesquelles ?

Le pétard risque d’être mouillé et ces « nouvelles mesures » se limiter à la réduction des dispositifs de stérilisation des liquidités déversées sur le marché, dans le cadre du programme d’achat sur le marché secondaire de titres obligataires (SMP), avec pour effet d’augmenter le volume des liquidités. Ou bien en procédant à une baisse de son taux directeur, actuellement à 0,25%, ou encore par une diminution du taux des dépôts des banques, qui le ferait passer en territoire négatif (les banques devraient payer pour déposer leurs fonds). L’une ou l’autre de ces mesures permettrait d’attendre le lancement d’un nouveau programme de financement à long terme des banques, peut-être contre engagement pour en bénéficier de prêter aux entreprises, sur un modèle britannique qui n’a pas été particulièrement probant.

Tout cela est d’un résultat bien aléatoire et marque les limites de ce qui peut être attendu de la BCE. C’est fort peu, dans un contexte marqué par l’essoufflement de la stratégie de désendettement poursuivie par les dirigeants européens. Qu’est-ce qu’annoncent en fin de compte les banques centrales ? Que la balle est dans le camp des gouvernements, mais que ceux-ci ne savent pas concrétiser…

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