Ukraine : DEUX ÉQUATIONS POLITIQUE ET FINANCIÈRE LOIN D’ÊTRE RÉSOLUES, par François Leclerc

Billet invité

Les dirigeants russes soufflent le chaud et le froid, ayant comme objectifs d’une part de s’impliquer à minima dans le sauvetage financier de l’Ukraine et d’autre part que le dénouement politique à la chute de Viktor Ianoukovitch préserve au mieux leurs intérêts. C’est pourquoi ils ne veulent pas d’élections présidentielles fin mai comme prévu, trois mois étant suffisants pour qu’ils se retournent. Pris eux aussi par surprise, ils se demandent comment retomber sur leurs pieds.

Que le gouvernement provisoire dure – sa constitution ayant été reculée à jeudi, pour l’instant – ne fera pas l’affaire des dirigeants européens et américains, car le FMI ne pourra pas s’engager dans une opération d’envergure tant qu’un nouveau pouvoir ne sera pas mis en place, l’instruction d’un dossier demandant par ailleurs du temps. Il va donc falloir trouver une solution financière d’attente.

Le vice-ministre russe des Finances Sergueï Storchak a déclaré que le gouvernement russe n’est pas dans l’obligation légale de poursuivre le versement des tranches successives du crédit de 15 milliards de dollars accordé, en poursuivant : “Ce dont nous parlons, c’est d’un nouveau round de négociations et de nouveaux accords”. Seuls trois milliards ont été à ce jour débloqués.

Combien de temps l’Ukraine peut-elle tenir ? Les réserves en dollars de la banque centrale sont déjà très amoindries par les actions entreprises pour soutenir la monnaie nationale (la hryvnia) ainsi que d’importants retraits bancaires. Au rythme où elles ont dernièrement fondu, qui n’a pas de raison de se ralentir, les réserves estimées à 12 milliards de dollars par l’Institute of International Finance ne vont pas durer longtemps. Ce qui explique que des prêts à court terme auraient été sans attendre demandés aux États-Unis et à la Pologne, la Commission européenne n’ayant pour l’instant mis sur la table que le principe d’un prêt de 610 millions d’euros.

Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques et financières, s’est bien déclaré en faveur de la conférence des donateurs proposée par Kiev, mais il a rappelé que la gestion des ressources européennes étaient dans les mains des États membres. Une échéance d’un milliard de dollars se présentera en juin prochain, Standard and Poor’s chiffrant à environ 13 milliards de dollars les obligations de remboursement du pays d’ici la fin de l’année.

Côté russe, l’agence Fitch fait état d’une exposition à l’Ukraine de plusieurs banques – VEB, Gazprombank et VTB – de 28 milliards de dollars, les tensions économiques et politiques actuelles ainsi qu’une dévaluation de la monnaie ukrainienne pouvant les affecter.

Jay Carney, le porte-parole de Barack Obama, a affirmé qu’il n’y a « aucune contradiction dans le fait que l’Ukraine et les Ukrainiens se rapprochent de l’Europe et le fait qu’ils conservent leurs liens culturels et économiques de longue date avec la Russie » et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que Moscou souhaite “que l’Ukraine fasse partie de la famille européenne, dans tous les sens du mot”.

Reste à mettre en musique ces calculs géopolitiques. Or la dynamique du Maïdan se poursuit avec aujourd’hui la dissolution des Berkout, les forces spéciales responsables des exactions. La victoire qui a été remportée ne peut pas tourner court, le rejet qui s’est manifesté ne peut pas être trahi. Une page a été tournée.