L'actualité de demain : SOUTENUS COMME LA CORDE SOUTIENT LE PENDU ! par François Leclerc

Billet invité.

Le cas de la Grèce à part, comment présenter à leur avantage la fin des programmes de soutien européen à l’Espagne, l’Irlande et au Portugal en dépit de leurs effets et de leurs suites prévisibles ? Sans conteste, le triomphe n’est pas au rendez-vous.

Afin de ne pas imposer des pertes à leurs créanciers, les banques espagnoles sont déclarées bonnes pour le service après avoir reçu 41,3 milliards d’euros de soutien ; un massif transfert des actifs douteux à une bad bank, la Sareb, a également été nécessaire pour les plus touchées d’entre elles. Mais le taux de leur créances douteuses ne cesse de monter, atteignant 12,68% en septembre dernier. Des discussions avec la BCE ont porté sur les critères de valorisation des actifs bancaires retenus par la Banque d’Espagne, étant donné l’absence d’homogénéité des normes réglementaires et comptables en Europe. Ainsi que sur la valorisation de la dette souveraine espagnole, afin qu’elle ne soit pas pénalisée, c’est à dire considérée comme à risque : les banques essayent d’obtenir un traitement favorable de marche lors de l’examen de la BCE. Leur dossier n’est pas clos, selon Moody’s, qui considère qu’elles font face à « des défis importants ». Celui du chômage et de la crise sociale est grand ouvert, conduisant Mariano Rajoy, le chef du gouvernement, à déclarer « je crois que nous sommes actuellement en condition de dire qu’il n’y aura pas de coupes aussi importantes que celles que nous avons adoptées au cours de ces deux dernières années ». Car il y a des limites que l’on ne peut pas franchir sans risques.

En réclamant la démission du Président de la République et du Premier ministre, l’ancien Président socialiste Mario Soares a exprimé ce que pense une très large majorité des Portugais et à été longuement ovationné lors de l’ouverture de la conférence « En défense de la constitution, de la démocratie et de l’État social ». Présentée comme un succès, la diminution de la dette du pays mérite que l’on y regarde de plus près. Devant atteindre 127,8% du PIB (cette mesure absurde) fin 2013, elle devrait se réduire à 126,7% l’an prochain, puis à 125,7% en 2015, ce qui représenterait une diminution de 2% en deux ans, à comparer avec la dévastation de la société portugaise nécessaire pour y parvenir. La fin du programme de sauvetage est en bonne voie, est-il déclaré, sauf à ce que le Conseil constitutionnel censure une nouvelle fois les mesures d’austérité du gouvernement.

Les regards étaient tournés vers l’Irlande et la formule d’une ligne de crédit de précaution – soutenue dans ce cas par le FMI – pouvant accompagner son retour sur le marché était envisagée, de préférence à un nouveau plan de sauvetage inévitablement accompagné de nouvelles mesures de rigueur. Mais cette porte a été fermée pour l’Irlande, où les autorités, faisant contre mauvaise fortune bon cœur et ne voulant pas prendre le risque de se la voir refuser ont préféré sortir la tête haute et les mains vides, sur le thème de la restauration de l’intégrité du pays et de sa souveraineté. Un « acte de foi » comme la presse a titré en rendant compte de la décision, en attendant l’accueil du marché en février prochain, qui est espéré favorable en ces temps d’accalmie. Faute de cette ligne de crédit, l’Irlande ne sera pas éligible au programme OMT d’achats de titres de la BCE, expliquant sans doute la raison du refus allemand qui était pressenti. Autre conséquence, l’Irlande et le Portugal ne sont plus sur le même bateau et ce dernier pays va devoir s’en tirer tout seul, bien parti pour suivre lentement mais surement le destin de la Grèce.

Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, a déclaré que les ministres des finances « perdaient patience » à propos de la résistance passive du gouvernement grec dans ses négociations à épisodes avec la Troïka. Le financement d’un nouveau trou budgétaire dont l’estimation fait débat est en question, le FMI faisant entendre un autre son de cloche en affirmant que ce problème n’était pas « aigu ». La Grèce pourrait prétendre à un léger retour à la croissance, après six années consécutives de récession et une contraction de son PIB de plus de 22% depuis 2008. Mais tout est relatif, car le gouvernement prévoit +0,6%. Tout se passe comme si, tel un sous-marin coulé, le navire avait touché le fond, est-ce si réjouissant pour l’équipage ?

Les limites du supportable ont été atteintes dans ces pays où des programmes d’austérité budgétaire extrême ont été imposés. L’Europe, qui se faisait fort de réduire les inégalités de développement entre pays y adhérant successivement, est parvenue à tout le contraire. La zone euro n’a pas éclaté comme il était craint mais c’est au prix d’un repli de chaque pays sur soi, à commencer par le gouvernement allemand qui a été à la manœuvre. Cela ne se manifeste pas seulement au plan politique, comme les prochaines élections européennes vont être l’occasion de le démontrer, mais dès maintenant au plan financier : les capitaux se sont repliés derrière leurs frontières d’origine. Avec deux conséquences :

1. Les banques des pays les plus fragilisés financent leur dette souveraine, fragilisant d’autant l’édifice, en particulier les banques italiennes pour lesquelles la BCE est critiquée, suspectée d’avoir diminué son taux pour leur venir plus particulièrement en aide.

2. Telle une épée de Damoclès, les soldes de Target 2 – le système qui prend en charge les opérations de politique monétaire de la BCE ainsi que les transferts entre les banques centrales nationales de l’Eurosystème – sont totalement déséquilibrés entre banques centrales débitrices et créditrices : Les dettes des banques centrales italienne, espagnole, portugaise, grecque, irlandaise et chypriote auprès de la BCE représentent, selon les dernières statistiques connues, de 15 % à 45 % du PIB de leurs pays tandis que les créances de la Bundesbank atteignent 608 milliards d’euros, soit 23 % du PIB allemand. Ayant refusé toute mutualisation de la dette, le gouvernement allemand est forcé de la constater au sein de l’Eurosystème sans pouvoir rien n’y faire, menacé de pertes si un pays devait quitter l’euro. C’est pour cette raison qu’il soutient les plus atteints, comme la corde soutient le pendu.

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