L'actualité de demain : LES ASSISTÉS L'ONT EMPORTÉ, par François Leclerc

Billet invité

Janet Yellen a commis jeudi son acte d’allégeance aux marchés devant le Sénat américain, dans l’attente de la confirmation de sa nomination afin de succéder à Ben Bernanke à la tête de la Fed : il est beaucoup trop tôt pour arrêter les achats mensuels de dette souveraine et de titres immobiliers, a-t-elle affirmé sur le sujet du moment. Peu importe la raison donnée, la nécessité de « promouvoir une reprise économique robuste » ou de combattre le chômage en évoquant un taux de 10% (incluant ceux qui travaillent forcés à mi-temps ou ne cherchent même plus du travail) : le message est que les liquidités vont continuer de couler à flots.

Certes, elle a réaffirmé que cela s’arrêterait « en temps voulu », mais cela a évoqué un futur enregistré comme éloigné. En dépit de nouvelles économiques médiocres, les bourses européennes et Wall Street ont donc manifesté leur contentement et le pétrole était également à la hausse sur le marché new-yorkais. Quant au risque de constitution d’une bulle financière, il a été écarté sans appel par Janet Yellen : « …si vous regardez les mesures traditionnelles de valorisation, vous ne considéreriez pas les prix des actions comme étant en territoire suggérant les conditions d’une bulle financière ».

S’inscrivant dans la droite ligne de la politique poursuivie par son prédécesseur, Janet Yellen est qualifiée dans la presse de « colombe » par opposition aux « faucons », réminiscence lointaine et usurpée de la guerre du Vietnam, désormais utilisée pour désigner les partisans d’un taux bas. Colombes ou faucons, la Fed est collée à sa politique d’assouplissement monétaire et n’envisage plus de battre machine arrière. À raison de 85 milliards de dollars mensuels, c’est une manne de plus de 1.000 milliards de dollars qu’elle déverse annuellement dans le système financier, soit sensiblement le montant du déficit américain qu’elle finance en grande partie, sur le modèle de sa consoeur japonaise.

En Europe, les ballons d’essai se succèdent en provenance de la BCE. Peter Praet, son chef économiste, évoque la possibilité d’acheter des actifs auprès du secteur privé, rappelant que la banque centrale a par le passé procédé à l’acquisition d’obligations sécurisées. Yves Mersch, membre de son directoire, a ensuite confirmé cette possibilité qui conduirait la BCE a suivre à sa manière l’exemple donné par les banques centrales américaine, britannique et japonaise. Mais il a souligné qu’aussi bien dans le cas d’un achat d’obligations souveraines ou bien même d’obligations émise par des entreprises, elle serait dans l’obligation de constituer un panier de celles-ci, ce qui constituerait une complication que ces dernières ne connaissent pas. L’étude d’un montage financier impliquant l’achat aux banques de produits de titrisation de leurs prêts aux PME – qui n’ont pas accès au marché obligataire – n’est quand à elle plus évoquée. C’est pourtant ce secteur qui souffre particulièrement de la rétention du crédit bancaire, notamment en Italie.

Résultat des courses : les marchés internationaux ont acquis une mentalité d’assistés dont le bénéfice est refusé aux chômeurs dans le cadre de la valorisation du travail

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