L'actualité de demain : LE PETIT CADEAU AMÉRICAIN, par François Leclerc

Billet invité.

A force d’avoir le nez penché sur la crise européenne, on a fini par oublier qu’elle est globale pour se perdre dans ses aspects spécifiques. Contemplant de loin, comme ne nous affectant pas, ses manifestations au Japon, aux États-Unis, et depuis peu en Chine. Que la Fed annonce envisager de réduire ses injections des liquidités a agi comme un rappel à l’ordre, vu la vive réactions des marchés : tout est étroitement interconnecté et demande une vue d’ensemble.

Les taux obligataires se sont brutalement tendus, non seulement en Europe mais également aux États-Unis, et les places boursières ont accusé le coup, entraînées à la baisse par les valeurs financières. Prenant sa revanche, Mario Draghi en a profité pour affirmer que le programme OMT de la BCE était plus justifié que jamais (bien qu’il vienne d’être pris en défaut). Le mouvement de reflux aux États-Unis des capitaux américains n’est pas étranger à cette onde de choc. Certains l’ont présenté comme une « sur réaction », d’autres y vont vu l’effet de l’entrée de la Chine dans la crise. Mais le fait est que les investisseurs sont sur le qui-vive, expression de l’instabilité persistante du système financier, à constater la volatilité des marchés.

La Fed a voulu tester le marché et a obtenu sa réponse. Logique avec lui-même et avec sa lutte constante contre toute régulation, le monde financier réclame la poursuite des injections de liquidités, une fuite en avant ne pouvant qu’aboutir à l’éclatement tôt ou tard d’une nouvelle bulle financière. Pour l’alimenter, les injections de la Fed se sont substituées aux instruments financiers par qui le malheur est précédemment arrivé, leur marché en panne pour avoir été découverts trop risqués (quand c’était trop tard). Ce qui explique que l’annonce de la Fed soit si mal vécue !

Il se confirme que celle-ci est aux prises avec des impératifs contradictoires et que l’arrêt des mesures non conventionnelles des banques centrales n’est pas aussi simple que présenté. Qui, des marchés ou des banques centrales, tient l’autre dans sa main ? Il était d’usage de présenter ces dernières comme toutes puissantes et ayant toujours le dernier mot, doit-on maintenant considérer qu’elles sont prisonnières pour avoir accompli leur mission de prêteur en dernier ressort, et qu’elles se trouvent désormais en territoire inconnu ? En attendant, les paris sont ouverts sur la manière avec laquelle la Fed va procéder pour se retirer…

La question ne se pose pas pour la BCE, dont les programmes sont expressément maintenus et qui annonce détenir en réserve des munitions, toujours les mêmes, dont l’effet est problématique. À l’exacerbation des tensions avec le FMI a succédé la mise en cause des mesures de la BCE, puis les polémiques avec la Commission, tout ne va pas pour le mieux dans les cercles dirigeants. Le retour sur le marché de l’Irlande et du Portugal va, s’il intervient, devoir faire l’objet de soins intensifs. Une nouvelle grève générale y aura lieu le 27 juin, les organisations patronales portugaises appelant le gouvernement à changer de cap pour « sauver le pays de la récession »…

La Grèce n’échappera pas à un troisième restructuration de dette que l’on ne veut pas voir pour l’instant, tandis que l’Italie et l’Espagne continuent de lentement mais inexorablement glisser vers le précipice. On en vient à prendre les petits cadeaux électoraux d’Angela Merkel pour l’amorce d’une inflexion de sa politique européenne, comme si cela seul pouvait permettre de sortir la tête hors de l’eau. C’est en attendant le cadeau venu d’outre-Atlantique qui fait sentir ses effets déstabilisateurs. Et la Chine ? Cela viendra plus tard, progressivement, et atteindra comme cela a déjà commencé les autres pays émergés. On dit des portes que l’on ouvre qu’elles le sont dans les deux sens, on pourrait dire de même de la mondialisation, grâce à laquelle la crise se propage et se poursuit. Des réponses globales seraient nécessaires, mais elles sont inconcevables.

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