L'actualité de demain : LE FMI PREND SES DISTANCES EN FAISANT SON AUTOCRITIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

L’autocritique étant une pratique fort peu répandue dans les milieux politiques, celle que le FMI vient de rendre publique à propos du sauvetage de la Grèce et de la restructuration de sa dette n’est pas passée inaperçue.

« Le programme [d’aide] a permis d’éviter un défaut dans le désordre et a limité la contagion au sein de la zone euro. La Grèce a été en mesure de rester dans l’euro, mais la récession a été profonde et le chômage exceptionnellement élevé. Le programme n’a pas permis de retrouver la croissance et l’accès au marché bien qu’ayant été conçu dans cette intention », écrit le FMI dans son rapport. Venant après les remarques d’Olivier Blanchard, l’économiste en chef du FMI, qui avait reconnu que le fond avait sous-estimé les « multiplicateurs budgétaires » qui mesurent l’impact sur la croissance des mesures d’austérité, cette nouvelle mise en cause ne fait que confirmer la réévaluation du FMI, qui ne porte pas uniquement sur la politique à suivre en Grèce.

Est également expliqué dans le rapport que le retard mis à restructurer la dette grecque, en raison du refus initial des autorités européennes, a eu pour conséquence de « donner aux créanciers privés le temps de réduire leur exposition et de transférer la dette dans des mains publiques ». En d’autre termes, les banques ont eu le temps de se délester et l’on a retrouvé ensuite la dette grecque au bilan de la BCE, servant de garantie (de collatéral) à ses injections de liquidité. Ce qui fait problème pour la prochaine restructuration, car c’est elle qui dorénavant devra assumer les pertes, c’est à dire en dernière instance les États actionnaires via les banques centrales nationales.

Piqué au vif par les critiques du FMI, l’un des porte-parole de la Commission a immédiatement réagi, tout en lui donnant involontairement raison. Le rapport du FMI « ne tient pas compte de l’interconnexion entre les pays de la zone euro », a déclaré Simon O’Connor, oubliant de mentionner que ce sont les banques qui en sont le vecteur, reconnaissant ainsi, mais sans le dire, que l’intention avait bien été de les protéger… Exactement ce que le FMI explique pour en tirer les conclusions inverses ! On voit maintenant ce qu’il en coûte.

La fuite organisée d’un document présenté comme confidentiel dont a bénéficié le « Wall Street Journal » peut être comprise comme une pression en faveur d’une nouvelle restructuration de la dette grecque, qui devrait atteindre cette année 175% du PIB, selon les calculs de l’Union européenne. Cette éventualité est en discussion, comme l’a dernièrement reconnu Jeroen Dijsselbloem, le leader de l’Eurogroupe. Le sauvetage de la Grèce continue d’être un gigantesque fiasco, n’ayant obtenu comme résultat que de mettre le pays à genoux. Mais la portée de ce mea culpa du FMI va plus loin : il dessine les grandes lignes de la politique qu’il préconisera dans l’avenir, à savoir que les créanciers privés devront assumer plus de pertes et les prévisions de croissance et de réduction de la dette devront être plus réalistes. Ce faisant, le FMI recadre ses futures interventions en les assortissant d’une restructuration de dette afin de rendre celle-ci soutenable. Un principe auquel il avait dérogé pour la Grèce. Il prend aussi ses distances avec le nouvel épisode du sauvetage de la Grèce, qui devra intervenir d’ici la fin de l’année.

Le FMI ne fait pas mystère de son souhait de voir les Européens lever le pied de la pédale de l’austérité, sensible aux inquiétudes des autorités américaines qui souhaitent voir l’Europe s’engager sur le chemin de la relance, afin de pouvoir eux-mêmes en bénéficier. Le tassement de la croissance chinoise et les grandes incertitudes qui planent sur le résultat de la nouvelle politique japonaise n’y sont pas étrangers.

L’information donnée hier par Bloomberg apporte un éclairage complémentaire à l’initiative du FMI. Selon l’agence, Angela Merkel et François Hollande se seraient mis d’accord pour repousser au plus tôt à 2015 toute possibilité d’aide directe aux banques par le Mécanisme européen de stabilité (MES). Ce qui ne crée pas les conditions favorables à la mise à contribution des créanciers privés – les banques, en premier lieu – si une restructuration de la dette d’un nouveau pays comme le Portugal devait se révéler nécessaire, les banques portugaises étant gavées de la dette de leur pays et devraient alors être à leur tour soutenues, ce qui dans ces conditions augmenterait d’une main une dette venant tout juste d’être diminuée de l’autre !

Le FMI décroche de la politique suivie par les dirigeants européens, ce qui éclaire les propos tenus il y a un mois par Jörg Asmussen, membre du directoire de la BCE. Sur le mode interrogatif, celui-ci se demandait s’ils ne devaient pas se passer à l’avenir de la participation du FMI à de nouveaux plans de sauvetage. Ce serait effectivement la conséquence logique du désaccord qui vient d’éclater au grand jour.

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