L'actualité de demain : CALMER LE JEU DE TOUS LES CÔTÉS, par François Leclerc

Billet invité

On ne s’étonnera pas du silence de François (le pape), car Chypre est orthodoxe, mais que penser de celui de Hollande ou de Mario (Draghi) ? Tout se passe comme si la convergence de point de vue du FMI et du gouvernement allemand avait laissé sans voix les autres dirigeants européens. Que Chypre soit coulé, passe encore ! Mais qu’une nouvelle dynamique destructrice de la zone euro soit engagée, il y aurait tout de même de quoi s’alarmer.

Qu’est ce qui peut fonder un tel pronostic, direz-vous ? La résistance farouche mais largement vaincue du président chypriote à défendre les intérêts des usagers des facilités bancaires douteuses de son pays ? L’amateurisme avec lequel la question a été traitée par les dirigeants européens ? Ou bien tout simplement les conséquences des décisions qu’ils ont successivement prises, en faisant comprendre à tous les détenteurs européens de comptes bancaires que leur argent n’était pas nécessairement à l’abri, puis en faisant de même avec les riches non-résidents, ce qui ne donne pas davantage un signal réjouissant à ces derniers ?

Que vaut désormais un euro détenu à Chypre, s’il lui est interdit d’en sortir ? C’est la question qu’a posée ici-même Pierre Sarton du Jonchay, hier et aujourd’hui dans les termes qui conviennent, question à laquelle les dirigeants européens vont devoir répondre eux aussi, en raison du blocage des capitaux qu’ils ont intimé au gouvernement chypriote d’instaurer, afin d’éviter que le système bancaire ne s’écroule avant même que le plan de sauvetage n’entre en vigueur (et peut-être même après). Il y a du grain à moudre avec les autorités russes, qui ne sont pas sans moyens de convaincre leurs déposants nationaux d’être raisonnables, si de discrètes compensations sont trouvées. L’histoire ne s’écrit pas toujours à livre ouvert. En demandant que la restructuration du prêt russe de 2,5 milliards de dollars soit étudiée, Vladimir Poutine répond positivement à la demande formulée par l’Eurogroupe, les négociations ont commencé.

Les rodomontades sur le caractère non-systémique de la sortie de l’euro de Chypre se voient offrir une bonne occasion d’être ou non vérifiées, si un compromis n’était pas trouvé avec les dirigeants russes. Voilà à quoi ont abouti les ministres des finances de la zone euro, secondés par le président de l’Union européenne, le directeur de la BCE et la directrice générale du FMI. Pas de quoi pavoiser, mais pas non plus de quoi se sentir forcé de se taire.

Conscient d’un autre danger, qui résulterait d’un dérapage incontrôlé dans l’île même, Herman Van Rompuy vient de demander que l’accord à propos de Chypre soit appliqué « le plus vite possible », ajoutant : « Nous devons tous travailler dur pour réduire l’impact social de la crise à Chypre ». De tous côtés, il faut maintenant calmer le jeu. C’est aussi le ton qui domine dans les commentaires – « l’affaire n’est pas finie », lit-on de partout – car l’économie va s’effondrer et l’État s’en trouver démuni. Signe de la précarité de la situation, aucune décision n’a encore été prise à propos de la réouverture des banques prévue pour demain mardi. Quel points d’appuis financiers l’économie va-t-elle trouver, alors qu’elle doit se réinventer et que la principale banque lutte pour sa survie ? La Slovénie risque dit-on de prendre la suite de Chypre, les mauvaises créances de ses banques représentant 20 % du PIB du pays.

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