L'actualité de la crise : NOUS ENTRONS DANS LA DERNIÈRE DIMENSION, par François Leclerc

Billet invité

Avec la récession qui se poursuit, la construction européenne continue lentement de se désagréger. Ne sont pas seulement en cause les contractions du PIB qui se généralisent (et rendent le désendettement illusoire), mais également le resserrement du crédit qui affecte particulièrement les pays du sud de l’Europe, devant lequel la politique monétaire de la BCE est impuissante. La Confidustria, l’organisation du patronat italien, s’en alarme et la BCE cherche une solution, comme vient de le reconnaitre à Londres Vitor Constâncio, son vice-président. Benoit Coeuré, de la BCE, avait déjà évoqué le danger que le mécanisme de la transmission monétaire soit cassé, mais Jens Weidmann, président de la Bundesbank, vient de lancer un nouvel appel à l’ordre en refusant par avance des mesures en faveur des entreprises de l’Europe méridionale, qui selon lui relèvent des banques d’investissement nationales (qui n’en ont pas les moyens). Les banques européennes continuent de réduire la taille de leurs bilans afin de se mettre en conformité avec les nouveaux ratios de fonds propres (plutôt que d’augmenter ces derniers), ce qui aboutit à une raréfaction du crédit plus ou moins prononcée suivant les pays. En conséquence, les gestionnaires d’actifs commencent à se positionner sur ce marché, créant une situation toute nouvelle en Europe. Mais en Italie, la Banque d’Italie poursuit son examen des 20 plus grandes banques et se prépare à réclamer le renforcement urgent des fonds propres de celles-ci, particulièrement pour celles de taille moyenne.

C’est face à ce constat que les chefs d’État et de gouvernement européens vont les 14 et 15 mars se réunir sans aucune assurance de trouver une solution. Pendant ce temps, les missions de technocrates de la Troïka, tout à l’exercice de leur mandat, continuent à Athènes et à Lisbonne d’exiger l’impossible, dans des ambiances très tendues, à des gouvernements discrédités, et le FMI réclame à nouveau des assouplissements qui ne viennent pas. Sombre tableau qui serait incomplet si n’était pas constateé la montée de la crise politique, dernier échelon après ceux de la crise financière, économique et sociale.

L’impasse politique italienne, qui ne semble pas en voie d’être réglée, illustre cet inévitable aboutissement. Une grande coalition étant impraticable et la formule d’un gouvernement de technocrates déjà utilisée, il ne reste plus grand chose en magasin. Au refus du Mouvement 5 étoiles de soutenir le parti démocrate s’ajoute la fin du mandat du président de la République, qui lui interdit constitutionnellement de dissoudre l’assemblée pour convoquer de nouvelles élections. Seul le nouveau président pourra le faire une fois élu, mais le résultat serait très aléatoire. Enfin, la fin du règne de Silvio Berlusconi, qui cherche à échapper par tous les moyens à la justice, alimente toujours la chronique. Dernier plan en date : qu’un sénateur du parti démocrate soit appelé par Giorgio Napolitano, le président de la République, afin de mettre sur pied un gouvernement de techniciens…

Mais si les yeux sont à juste titre braqués sur Rome, ils devraient également l’être sur Madrid. Les deux grands partis de « la transition démocratique » issus de la chute de la dictature semblent arrivés au terme de leur récente histoire. Le Parti populaire est miné par des scandales de corruption qui ont éclaté au grand jour et le PSOE, qui n’est pas non plus épargné par les affaires, porte au front une marque indélébile pour avoir engagé la politique que le premier a poursuivi en l’intensifiant. Les options politiques sont limitées entre le maintien d’un gouvernement discrédité, un remaniement ministériel profond et la convocation de nouvelles élections. Mais les deux partis sont assimilés aux yeux de l’opinion aux privilèges et prébendes dont ils ont allègrement croqué. À l’instar de ses consœurs, la classe politique espagnole a mis en place un système de captation de la richesse et a créé un grand vide. On retrouve ce même phénomène en Grèce et au Portugal, atteignant une ampleur que l’on ne soupçonne pas vu de l’extérieur.

Si le résultat des élections italiennes a suscité des déclarations s’apparentant à un véritable déni de démocratie, au sens où il était clairement proposé de ne pas tenir compte de ses résultats, qu’en sera-t-il pour la suite qui s’annonce ? Les commissaires de Bruxelles peuvent continuer à prononcer des ukases sans autres effets que de faire empirer la situation et la BCE, qui se fait plus discrète, à marteler le même discours. Les uns et les autres pèsent de peu de poids dans cette nouvelle dimension de la crise.

Déjà enregistrées au Royaume-Uni, les tendances centrifuges se renforcent au sein de la zone euro. « Alternative pour l’Allemagne », un parti eurosceptique de notables en costumes gris, est en cours de constitution en Allemagne, secondant le discours du FDP qui joue la défense de l’intérêt national pour se sauver de la déroute électorale après avoir défendu une ligne pro-européenne au cours de son histoire. La victoire éclatante prédite à Angela Merkel aux élections de septembre prochain pourrait en être ternie.

En France, où le pouvoir est en place, la chute d’audience du président et du gouvernement s’inscrit dans une débâcle plus générale au sein de l’opinion, si l’on en croit les sondages. La perte de confiance dans les uns n’est pas compensée par des gains pour les autres, extrême-droite comprise. Socrates, Zapatero, Papandréou… une voie a été tracée et François Hollande qui annonce à son tour des réformes « courageuses » risque de l’emprunter. Mais que ce soit au Portugal, en Espagne et en Grèce, la même question reste pendante : qui assurera la succession des partis et coalitions au pouvoir quand l’échéance viendra ? Nous nous installons dans le vide.

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