MOBILISATION EXEMPLAIRE DE RESSOURCES, par François Leclerc

Billet invité

Née au Japon, une organisation sans but lucratif a créé de toutes pièces un réseau de collecte et de partage de mesures de la radioactivité dans les régions les plus exposées. Safecast rassemble des bénévoles américains et japonais qui vivent au Japon et aux États-Unis et a vu le jour le lendemain du démarrage de la catastrophe de Fukushima.

Le projet était au départ de fournir des détecteurs à ceux qui en avaient besoin et n’en étaient pas munis, comme des écoles et des orphelinats, mais il a vite pris une toute autre dimension. Bénéficiant du soutien de Kickstarter, un acteur américain du financement collaboratif, puis de l’université de Keio de Tokyo, l’équipe s’est étoffée, toujours sur la base du bénévolat, avec l’arrivée d’experts qui ont apporté leur concours dans de nombreux domaines. Elle a entrepris d’engager les premières campagnes de mesure ainsi que de concevoir des instruments de mesure de qualité – qui détectent les radiations alpha, beta et gamma, contrairement à beaucoup de modèles commercialisés dont le spectre est réduit – dans le contexte de la commercialisation de modèles peu fiables et bas de gamme apparus dans l’urgence face à la demande et à la pénurie qui en a résulté. Après avoir conçu un équipement mobile intitulé « Bento Geigi » ou « bGeigi, (car son aspect extérieur est celui d’une « lunch box » ou « bentō » japonaise) qui se fixe sur l’extérieur de la vitre d’une voiture et qui est prêté aux volontaires qui réalisent la collecte des données, Safecast a mis un point final au design (conception et apparence) d’un détecteur individuel de poche destiné à être porté en permanence et ressemblant le plus possible à un téléphone portable pour être banalisé.

Aujourd’hui, un réseau de points fixes a été mis en place, qui transmettent leurs mesures via Internet, et des équipements mobiles ont été accrochés à des voitures qui sillonnent les régions et enregistrent les leurs, selon un maillage serré sans comparaison avec les données officielles, indispensable étant donné l’existence de points chauds très localisés, voire de leur déplacement. Safecast se prévaut de rendre disponible à tous, sans restrictions d’accès et d’utilisation, une base de données sous licence créative. Yahoo Japon met en ligne des cartes actualisées réalisées avec les données recueilles et des applications permettent de les consulter sur son smartphone ou sa tablette.

Indépendant de tout gouvernement ou organisme gouvernemental (l’université Keio est privée), Safecast se veut apolitique, ni pro-nucléaire ni anti, et se déclare pro data (en faveur des données) : elle se donne pour mission de collecter des données et de les rendre accessibles sur un sujet de très grande préoccupation et dans un contexte de défiance vis-à-vis de l’information officielle. À ce titre, elle envisage d’ailleurs de poursuivre son action, suivant les mêmes principes, dans d’autres domaines comme celui de la pollution atmosphérique non radioactive.

Par l’appel au bénévolat et au crowdfunding (le financement collaboratif), l’utilisation pour ses instruments de mesure de technologies sous licence créative, ainsi que par la libre accessibilité d’une base de donnée historique qui relève du domaine public, l’initiative de Safecast est exemplaire de ce que notre société est aujourd’hui capable de susciter.

Merci au lecteur québécois du blog, donateur de Safecast, à l’origine de ce billet pour nous avoir transmis l’information.

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