L'actualité de demain : NE VOLEZ PAS NOTRE FUTUR ! par François Leclerc

Billet invité

« O povo é quem mais ordena » (c’est le peuple qui seul commande), ce vers de la chanson interdite de Zeca Afonso dont la diffusion sur la radio officielle avait donné le signal, le 25 avril 1974, de la fin de la dictature et des guerres coloniales, a trouvé une nouvelle jeunesse au Portugal. Grândola, Vila Morena est devenu l’hymne d’une protestation massive qui s’est renouvelée aujourd’hui pour faire suite à celle de septembre dernier, repris à 18 heures avec émotion dans tout le pays par des « marées humaines » dont le modèle a été emprunté aux Espagnols. Des centaines de milliers de manifestants étaient dans les rues de toutes les villes portugaises, portrait d’une société en colère mais défilant dans un silence impressionnant, n’étant pas habituée des cortèges, à l’exception de groupes plus militants. Tous les âges et toutes les conditions étaient représentés, donnant l’impression que le pays tout entier cherchait à s’évader d’une prison, à se faire entendre sans y parvenir, ce que les Espagnols traduisent avec leurs « cris silencieux ». Sur la multitude des pancartes improvisées, on pouvait lire « Bandits, rendez-nous notre argent ! » ou « Qui s’endort dans la démocratie, se réveille dans la dictature » ou « élections maintenant ! » et « ne volez pas notre futur ! ».

Les manifestations ont été organisées via les réseaux sociaux afin « que la Troïka aille se faire voir ! », un message relayé par une multitude de groupes et d’associations, la CGTP-IN – le principal syndicat – ayant également appelé à les rejoindre. À Lisbonne, le Parlement a été symboliquement encerclé et les marées (celles de la santé et de l’éducation, mais aussi celles des féministes et de l’arc-en-ciel ou encore des indignés et des retraités) ont convergé vers la place du Marquis de Pombal pour n’en faire plus qu’une, avant de lentement descendre l’avenue de la Liberté et se diriger vers le Terreiro do Paço, au bord du Tage. De partout affluèrent tous ceux qui n’étaient dans aucune. Un groupe de militaires en civil du temps du 25 avril s’était de son côté formé avant de s’intégrer dans le cortège.

Une « motion de censure populaire » a été lue depuis le podium dressé sur l’immense place noire de monde face au Tage : « Ce gouvernement est illégitime, élu sur la base de promesses qu’il n’a pas accompli.(…) Que le peuple prenne la parole ! Parce que si le gouvernement ne peut pas démettre le peuple, le peuple peut démettre le gouvernement. C’est au peuple de décider ».

Peintre et designer, Margarida Alfacinha était de la multitude. Son histoire mérite d’être racontée : elle a trouvé une manière bien à elle de rembourser sa dette aux organismes sociaux car, travaillant sans contrat dans un système appelé au Portugal les « reçus verts » (recibos verdes), elle n’a pu payer la couverture sociale qui représente 30 % de son revenu. Elle vient d’entreprendre une série de 375 peintures d’un format de 24×15 centimètres – « sur un papier de fort grammage et avec une générosité élevée », comme elle le précise – qu’elle va proposer à la vente 20 euros chacune afin de payer les 7.500 euros qu’elle doit.

C’est avec un jeu de mot intraduisible : « Quando uma dívida se torna uma dádiva » »(quand une dette devient un don) et sur une page facebook qu’elle a popularisé son initiative, relayée par les médias portugais. Margarida espère que ceux qui achèteront ses dessins trouveront avec eux « l’espoir et surtout la capacité d’agir », car elle s’efforce de « peindre des choses positives, le futur et la joie, le bonheur des choses les plus positives que l’on rencontre dans la vie ». (Spécial copinage).

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