L'actualité de demain : L'ÉTAT D'ÉTERNEL PRINTEMPS, par François Leclerc

Billet invité

Tous les jours ou presque, une nouvelle récurrente s’insinue dans le flot de l’actualité : « Voyez ! tel ou tel pays qui était si mal en point est en train de s’en sortir ! Tout va finir par s’arranger, vous verrez ! » La liste des pays bénéficiant de ce signalement se remplit tout en se vidant par la grâce de l’oubli.

Qui se souvient de l’assurance avec laquelle Jean-Claude Trichet, alors président de la BCE, annonçait la sortie de crise en fanfare du Japon, à comparer avec le discours nettement moins optimiste tenu ces temps-ci ? De l’Irlande allant revenir la fleur au fusil sur le marché, avec pour preuve le redémarrage de ses exportations ? Du Portugal sacré meilleur élève de la classe, où l’opposition socialiste réclame dorénavant une restructuration de sa dette sur le modèle grec, et la majorité des délais de grâce pour réduire le déficit devant la montée de la récession ? De l’Italie même, où Mario Monti multipliait les miracles sur le devant pendant que Mario Draghi tirait les ficelles depuis les cintres ? Dernier en date, l’éditorial du dernier « Monde économie » croyait voir en début de semaine dans la multiplication des opérations financières aux États-Unis « le signe d’une sortie de crise », « les investisseurs affûtés anticipant la reprise », alors que fleurissent les analyses sur sa réindustrialisation sans emploi combinée avec le miracle du gaz de schiste à bas prix. Il faut toujours qu’il y ait une « petite pousse verte » quelque part !

C’est au tour de l’Italie – rappelons-le sauvée d’affaire, ainsi que la zone euro par la même occasion – de revenir sur le devant de la scène. Non pas uniquement en raison de la tenue de ses élections du week-end à venir, et de leur résultat très incertain, mais aussi des thèmes mêmes de la campagne électorale dont les échos ne nous parviennent que faiblement. Aucun signe n’annonce une sortie de la récession et, si l’on en croit l’Association des banques italiennes, le pourcentage de prêts douteux augmente et la disponibilité du crédit se restreint, selon un scénario bien connu des Espagnols. Annoncée pour certaine, la victoire du Parti démocratique ne l’est plus, la remontée de Silvio Berlusconi est fulgurante et la candidature de Mario Monti ne bénéficie pas, tant s’en faut, de la dynamique espérée. Le score du Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, qui joue les trouble-fête et vient de réunir 80.000 supporteurs à Milan, est une grande inconnue.

Quels espoirs les uns et les autres portent-ils ? Beppe Grillo fait campagne contre l’euro et promet un référendum en s’appuyant sur des sondages selon lesquels plus de la moitié des Italiens souhaitent le retour de la lire. Roberto Maroni, le leader de la Ligue du Nord, préconise la création d’une monnaie parallèle destiné aux entreprises afin de les aider. Le leader parlementaire du Parti démocrate appelle à un moratoire sur les réforme de la réglementation du travail. Silvio Berlusconi dénonce un coup d’État impliquant les banques et l’État allemands et promet, s’il est élu, de revenir sur une taxe très impopulaire, et même d’en restituer le versement intervenu en 2012 : l’IMU, une taxe foncière et d’habitation.

La coalition qui, sous une forme ou sous une autre, reste malgré tout en germe va avoir fort à faire pour gérer ses contradictions internes et faire face à l’opinion publique. Après avoir goûté à la politique de Mario Monti, qui avait rassuré devant le risque de suivre la pente grecque, les Italiens se détournent majoritairement des réformes structurelles et des contraintes de l’euro qu’il représente. Mario Monti n’étant pas parvenu à réunir les moyens européens d’une politique de croissance, ils fondent leurs espoirs, eux-aussi, dans une dévaluation compétitive résultant d’un retour à la lire.

L’affaire italienne se complique, la française aussi.

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